Retour
Lire :
Rick Ross : le Top 5 de son album ‘Port Of Miami 2’
13.08.19
Rick Ross : le Top 5 de son album ‘Port Of Miami 2’
Le plus gros requin de Floride

11 mars 2006, Ocean Drive, Miami. Le soleil est brulant, les bikinis de plus en plus courts. Un afro-américain massif, vêtu d’une chemise rouge et d’un débardeur blanc capture la caméra et les yeux d’une passante. On pense directement à Suge Knight pour l’allure, Biggie pour le poids, mais il s’agit en réalité de William Roberts a.k.a Rick Ross, qui dès ses premières mesures annonce qu’il est le « fuckin’ boss ». Un nouveau classique du Hip-Hop était né : « Hustlin’ » et l’un de ses nouveaux monsters nous apparaissait.

Cette même année, Rozay nous offrait sa première carte de visite Port Of Miami, paru sous le label Def Jam. Treize ans se sont passé depuis, et si Rick Ross a perdu du poids ce n’est que sur la balance, car son influence n’aura jamais été aussi forte, lui qui a résisté à l’ouragan 50 Cent, sorti neuf albums, dont le classique Deeper Than Rap, et lancé son propre label Maybach Music Group. Prenons d’ailleurs une seconde pour le remercier pour Meek Mill.

Pour conclure en beauté cette série de dix albums, Ross a souhaité relever un challenge : concevoir le second volume de Port Of Miami, une oeuvre qui a changé sa vie et l’a mené des rues de Carol City à la magnifique ville de Santorini en Grèce. Battre son ancienne version est toujours un pari risqué, on se rappèlera dernièrement du dispensable The Documentary 2 de Game. Heureusement pour nous comme pour le boss de Floride, Port Of Miami n’était pas un projet remarquable malgré ce superbe sample de la B.O de Scarface pour le morceau « Push It ».

Après plusieurs écoutes et mes cervicales perdues, P.O.M.2 est clairement une réussite, tant pour son univers opulent que pour notre MC dont l’amour pour le rap est resté intact. Ross est devenu un boss du Hip-Hop puissant mais bienveillant, défendant ses amis de toujours et tentant même en vain de réunir Pusha T et Lil Wayne sur le sixième volet de sa série Maybach Music. Un homme de pouvoir, qui assume ses responsabilités et qui semble avoir toujours autant à nous dire, malgré la décennie passée. Alors enfilez votre plus beau peignoir et sabrez le champagne, car voici notre Top 5 du dernier album de Rick Ross.

« Nobody’s Favorite » (Feat.Gunplay)

Alors que Twitter réagit actuellement devant les listes des 50 meilleurs rappeurs US, personne ne semble s’être offusqué de voir Rick Ross placé dans les 10 derniers. Un classement que le rappeur de Floride semble avoir accepté, lui qui rappait déjà en 2018 « Over a decade and never nobody’s favorite » sur le titre « What’s Free » de Meek Mill. Sur « Nobody’s Favorite », il n’évoque que partiellement cette place ingrate dans le game, pour se focaliser sur ce qu’il sait faire de mieux : profiter de sa vie de rêve et la retranscrire en musique.

TROP à la production, fait retentir les cloques d’une église, apportant alors une atmosphère pesante pendant que nous imaginons le boss de Floride nettoyer ses bijoux sur la terrasse de sa nouvelle maison, donnant lieu sur la rivière. Une sorte de croisement entre Slick Rick et Declan Gardiner. Nous prenons plaisir à écouter Gunplay poser son couplet, lui qui semble rapper avec un couteau coincé en travers de la gorge, ses rimes sont acérées et ses images obscures.

Un titre à ne surtout pas écouter seul dans les bois !

« BIG TYME » (Feat.Swizz Beatz)

En 2001, Rick Ross vient prêter main forte à Drake sur le morceau « Lord Knows ». Chaque auditeur, se souvient de la  puissance du beat signé par Just Blaze. Un superbe morceau et un couplet remarquable pour notre ami Rozay, qui semblait fait pour sublimer les instrumentales du producteur du New Jersey. Quatre autres collaborations plus tard, les deux artistes collaborent de nouveau ensemble sur le titre « BIG TYME », énorme banger sur lequel Swizz Beatz vient propager la bonne parole à tous les hustlers du monde.

Comme à son habitude, notre MC évoque de belles marques comme Moschino, tout en citant le magazine légendaire de rap The Source et l’une des figures les plus bling-bling du trafic de drogues : Big Meech. Un mélange de références qui résume parfaitement l’univers artistique de Rick Ross, entre fantasme, illégalité et combat. Des combats qui prennent différentes formes, comme celle de la dénonciation, puisqu’il débute son premier couplet en évoquant les horreurs commises par R. Kelly.

Un banger « conscient » sublimé par le sample de Ken Lewis, qui semble invoquer les anges.
« Fascinated »

Dès les premières secondes, ce morceau se démarque avec son introduction, mêlant une voix pitchée et le timbre grave de Rozay. On imagine alors ce dernier posant dans un studio uniquement éclairé par des bougies, le torse nu et arborant des lunettes Cartier, prêt à verser sa bouteille de Belaire sur le sol en l’honneur de ses amis disparus. Lors de son premier couplet Ross en évoque d’ailleurs deux  : P-Nut, assassiné et son manager Black Bo, décédé en 2017, dont le visage se retrouve sur la pochette de Port Of Miami 2.

Mais au-delà de ces drames personnels, ce qui est remarquable sur ce morceau c’est la manière dont Rick Ross balance ses rimes, presque en freestyle, comme si il posait à coeur ouvert. Ross est le meilleur MC lorsqu’il s’agit de poser sur des samples de soul ! Sa voix et son charisme naturel lui permettent de représenter la rue, sans devoir automatiquement tomber dans le banger purement violent comme son classique « B.M.F. (Blowin’ Money Fast) ».

Je prie pour que Rozay, Meek Mill et John Legend s’associent le temps d’un EP et qu’ils ne posent que sur ce type de productions !

« Vegas Residency »

Les fans de la première heure, seront ravis de retrouver sur cet album, le trio de producteurs J.U.S.T.I.C.E League. Tant d’excellents morceaux ont été conçu par ces beatmakers de Floride et Rozay ! On pensera bien sure au titre « Maybach Music » avec Jay-Z, autre classique du bonhomme. Mais sur « Vegas Residency », notre MC a choisi d’être plus conscient et d’assumer ses positions comme lorsqu’il condamne le rapprochement entre Kanye West et Donald Trump ou lorsqu’il évoque le probable décès de Bill Cosby en prison.

De même que pour « Fascinated », il nous est facile d’imaginer Ross posé sur sa terrasse privée de l’hôtel du Red Rock Casino, allumant un cigare et contemplant le temps qui passe sur sa montre Vacheron. Écouter Rozay, ce n’est pas seulement imaginer la vie idéale d’un multi-millionnaire, mais c’est aussi découvrir un homme qui vieillit, qui ne peut plus se cacher derrières ses énormes lunettes noires et qui doit jongler avec de nombreuses responsabilités. « More Money, More Problems » comme disait la légende.

Si vous avez la chance de lire ce Top 5 au bord d’une piscine, alors débouchez une bouteille, même du Champomy et trinquez pour moi en écoutant ce morceau !

« Gold Roses » (Feat.Drake)

Il s’agit du premier single choisit pour promouvoir Port Of Miami 2, et de la dernière piste de cet album. Encore une fois, l’alchimie entre Rick Ross et le 6 God est palpable, et nous renvoie d’ailleurs à leur autre morceau récent « Money In The Grave », diffusé par ce dernier lors de la victoire des Raptors en mai. Sur une co-production de OZ, Syk Sense, Vynilz et The Rascales, nos deux MCs se partagent parfaitement le micro : Drake au refrain et Ross sur pas moins de trois couplets.

L’atmosphère est planante, et nous entraine dans un chambre spacieuse et sombre, où William Roberts dresse un constat parfois amère sur sa carrière comme lorsqu’il pense aux Grammy qu’il n’a jamais remporté ou à sa solitude. Un bilan négatif, mais très vite oublié grâce à cette vida loca et au parfum Chanel envoyé par son pote Pharrell Williams.

Je prie de nouveau les dieux du Rap, afin que Rick Ross et Drake se lancent dans un projet commun, un EP, une mixtape, un album…Peu importe, tant que leur connexion est de ce niveau !

Romain C. Draper
Fondateur & Rédacteur en Chef. En primaire, j'ai troqué mon goûter contre l'album "Première Consultation" de Doc Gynéco. Depuis je suis accroc au Rap.