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Chronique :
Avec « BLO » découvrez l’univers métagorique de 13 Block
10.05.19
Avec « BLO » découvrez l’univers métagorique de 13 Block
BLO

Récemment, on n’a pu apprendre que Sevran a été secoué par un météorite et dont le gouffre qui en résulte s’étend à perte de vue, résonnant même dans toute la France. Les scientifiques se sont décidés à l’appeler sombrement « BLO ». Pour avertir la populace, des affiches de propagande décorent les rues du quartier. Dessus s’illustre un sous-sol de garage crasseux, au plafond illuminé par un lustre de cristal orné d’une vingtaine de bougies. Sur l’arrière-plan, 4 hommes discrets se tiennent en cercle, maquillés d’un blanc pâle, discutant de leurs actes futurs pour conquérir le pays.

Pour atteindre leur objectif, ils délivrent des lignes qui en disent beaucoup, qui impactent, que l’on reteint facilement grâce à des images détonantes. Ils y exploitent la métagorie, c’est-à-dire des métaphores centrées sur la thématique des giclées de sang provoquées par la violence. Mais il y a bien plus de trésors dispersés au creux de chaque morceau. En effet, Stavo, Zed, Oldpee ou Zefor, les 4 rappeurs, retranscrivent chacun leur tour les idées qui parcourent leur esprit. Pour bien les comprendre, une extraction de quelques passages les plus marquants se doit d’être faite.

"C'est pas chez tout le monde, que la poubelle est remplie
 / C’est le 9.3, les premiers crimes avec le ventre vide"

Il est vrai, cette formation de mots a déjà pu être écrite des centaines de fois, vous savez, celle du vide qu’il faut combler dû au manque de monnaie dans les poches, lorsqu’il faut courir après les besoins physiologiques. Pour aborder le sujet, on tend plus à parler de l’assiette creuse où seul la porcelaine y est apparente.

Mais ici Stavo met à l’honneur la nourriture qui nous permet de vivre et qui résulte à des poubelles remplies d’emballage, signe d’un cadre de vie convenable. Une chose qu’il n’a pu avoir dans son enfance. Mais si la poubelle ne déborde pas, c’est que le réfrigérateur n’a pas de raison d’être ouvert. Pour autant, la violence continue, qu’importent les contraintes, estomac essoufflé ou non, la réalité les rattrape toujours.

"Sinon le ciel, il est gris mais la frappe est jaune
 / Le survet', il est gris mais les yeux sont jaunes
 /Té-ma les mains, elles sont grises mais les bagues sont jaunes"

L’environnement dressé dans l’album est poussiéreux, voir répugnant. Et dans cette punch, Zed l’utilise à son paroxysme. Il divague entre le gris et le jaune,  deux couleurs maussades qui définissent le quartier.

Gris pour les cieux qui recouvrent le terrain, gris pour les survêtements qui se confondent avec les murs mais aussi gris pour la saleté qui se dépose sur les mains ayant travaillées toute la sainte journée. Jaune pour la came, jaune pour les yeux baignant dans l’alcool, et heureusement, jaune pour la gloire qui se matérialise par les bagouses défrichant les doigts sales.

"Que tu sois un baron ou pas, ici y'a pas d'or dans l'cercueil"

Beaucoup sont à la recherche du graal enfouit dans le sol inconnu. A la pelle, ils restent plantés là, à creuser en pensant trouver de l’or, négligeant ce qui les entourent.

Nombreux sont ce qui tombent dedans, que l’on soit un grand baron de la drogue ou un homme en bas de la chaine alimentaire. Cet aveuglement pousse à commettre des méfaits allant jusqu’à la mort, comme si les corps pouvaient regorger d’or palpable. Mais Stavo nous le rappelle, le cercueil n’a rien à offrir et le trou n’a pas de fin.

"Dieu m'a ouvert les yeux, j'vois tomber les masques
 / J'ai le dos en feu, ça m'gratte ça m'fait des plaques" // "Putain, trop d'choses à dire, j'crois qu'j'vais vomir la moitié d'mon cœur
J'les vois rapper une fausse vie et tout ça d'un air moqueur"

Zed pourrait représenter le feu, étendard de la force et de la ténacité à résister aux autres éléments. Pourtant, dans ce cas précis, cette flamme n’est qu’une douleur qui se greffe à son corps. Les masques s’évaporent, il comprend que l’on parle derrière son dos. Son dos qui souffre et s’irrite, au point de ressentir des brûlures au 4ème degré, résultant à des plaques rougeâtres lui parcourant l’épiderme.

L’image est forte. Parfois, le dégout est tel que l’on en vient à vomir tous nos maux. Oldpee perd confiance, frôle la paranoïa, car tout le monde peut être armé d’un couteau. Plus qu’une haine contre eux, il s’échappe une partie de son humanité. L’organe si précieux qu’est le cœur, se fait éjecter de moitié lorsqu’il doit aborder les problèmes du ghetto, une rétrospective insoutenable.

"Si ça s'passe pas comme prévu, j'espère qu'ta bouche sera cellophané"

Lors de leur promotion chez Shoes Up, le groupe a participé à un shooting, dont une photo m’a particulièrement marqué. Un filtre de cellophane vient se déposer contre la figure des rappeurs. A l’écoute de ces lignes interprétées par Zefor, un parallèle résonne avec cette image.

Pour montrer son envie de fermer des bouches trop bavardes, il suffit de s’inspirer des plus grands films de gangster. Pour que l’ennemi cesse de jacasser, rien de mieux qu’un bon bout de cellophane pour l’empêcher de crier. Dans cette situation, la pratique s’applique à tous ceux crachant sur leur réputation et leur notoriété.

"J'étais allé au charbon demande à mes gants noirs noirs, j'allais pas skier (demande à mes gants) / Demande à mes gants"

Toutes ces lignes sont extravagantes. Premièrement, Stavo met en avant un détail inhabituel, celui qui n’effleure la pensée de personne. Oui, ce sont bien les gants noirs, ceux qui permettent de commettre des délits en toute discrétion, sans laisser d’empreinte.

Finalement, il va jusqu’à les personnifier, comme s’ils les gants eux-mêmes pouvaient nous avouer leur torts. Les faits sont abordés implicitement, dites-vous juste qu’à Sevran, on ne porte pas d’après-ski.

"Nous aussi on a fait la brique, nous aussi on a tenu les briques, dans les binks on fêtait nos anniv"

Dans le morceau émouvant et très personnel qu’est « Ghetto », ZED reprend cette expression bien connue qui consiste à procrastiner en tenant les murs. Sauf qu’il va l’incorporer à son environnement construit de parois froides et granuleuses.

Bien sûr, les briques citées ici désignent aussi les kilos drogues qui circulent dans le four et qui justifient le fait qu’ils ont passés leurs journées et leurs nuits bloqués dans le hall. Pour appuyer ses propos, il nous rappelle que le job était du 24 heures sur 24, au point où leur anniversaire ne bénéficiait pas d’un autre décor que celui-ci.

"Fuck les flics si j'étais là en 88, j'serais dans NWA, en taille j'suis pas loin d'Eazy-E"

La référence est belle et a de quoi nous faire plaisir. Oldpee fait un pas en arrière, à la fin des années 80 pour nous parler de Niggas With Attitude, le groupe légendaire qui instaurera le Gangsta Rap dans la Californie. Tout l’intérêt de cette ligne est qu’elle fait écho à « Fuck Tha Police », le morceau qui leur mettra le FBI au cul, leur interdisant de le jouer en concert.

Le titre parle de lui-même, et lorsqu’ils clameront ces 3 mots en concert, l’arrestation ne se fera pas attendre. Et quand on voit que 13 Block nous concocte « Fuck le 17″sur l’album, on peut aisément faire un rapprochement avec cette hymne contre les poulets.

La dégaine est jdid

Rassurez-vous, je ne cite qu’une poignée de punchlines qui auront su me marquer le plus. Mais sachez que le disque dispose d’une multitude de textes efficaces, durs et introspectifs.

De plus, les flow rajoutent une dimension particulière à leurs proses en amenant un relief qui entêtera votre conscience sur le long terme. Sans oublier cet argot propre au 93 apportant cette dégaine « Jdid ».

Axel Bodin
Adepte de métaphores farfelues, j’aime exposer les artistes tels des entités répondant à nos questions existentielles. Toujours à la recherche du bon et du mauvais goût, je suis ici pour vous fournir la deuxième lecture insoupçonnée du Hip-Hop.