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Chronique :
Zola et ses cicatrices
04.05.19
Zola et ses cicatrices
Attendu au tournant

Dans les meilleurs blazes du Game francophone, je déclare Zola gagnant. Alors oui, il est tiré du célèbre écrivain, mais c’est là où réside tout le génie du garçon. Car Emile a toujours décrit le peuple d’en bas et ce qu’il avait de plus froid, entre les meurtres, la prostitution ou encore l’alcool. Le tout s’inscrivant dans un mouvement naturaliste où chaque mot a son importance, les récits prenant alors  la forme d’une étude sociale. N’emboitant pas une démarche aussi similaire, notre rappeur nous détaille toutefois le fonctionnement de la vente de drogues, le comportement des femmes au quartier ou encore les roues des bécanes qui chauffent sur le goudron.

Attendu au tournant suite aux nombreux visuels proposés depuis près de 2 ans, son premier album est dévoilé le 5 avril, sans se préoccuper du mastodonte qu’est PNL, ne repoussant pas sa date de sortie contrairement à d’autres. Intitulé Cicatrices en référence à son passé tumultueux, qu’est-ce que Zola et le grand producteur Kore ont-ils à nous offrir après une si longue attente ?

Vers les sommets

« L1, L2, R1, R2, Haut, Bas, Gauche, Droite ». Voici les premiers mots du garçon sur « Baby Boy », une signature qui reviendra régulièrement au cours de l’album. Certains d’entre vous l’auront compris, vous avez ici le code de triche ultime dans GTA San Andreas, nous montrant que Zola est prêt à gravir les sommets et avoir le champ des possible à sa portée. Pour autant, rien ne change à Evry et la vente de drogue reste son hobby de prédilection. Il transporte la mort sous un large panel de substance. Que ce soit le crack de Dallas dans « Mojo » ou la coca que les bitches s’enfilent dans les narines, sachez qu’il y en a pour tout le monde.

Son amour pour la Californie lui donne des grands airs de CJ à la française, notamment grâce à ses business un peu louches, ses débardeurs blancs portés près du corps, mais aussi part sa musique aux sonorités plus chaudes comme dans « Kinshasa », référence à la ville natale de son père, composée de basses paraissant rebondir sur le peu d’eau qui parcours les canaux d’L.A. et où Zolaski se livre sur son rôle de père au sein du foyer familial, lui causant une perte de repère depuis son plus jeune âge. Le titre « Zolabeille » suit la même direction, d’ailleurs accompagné d’une vidéo tournée dans la baie Californienne, sous des effets vaporeux tout en rappant les bienfaits du honey sur sa matière grise.

La réalité des quartiers

Et si on compte de nombreux clins d’œil à la West Side, il serait trop facile de limiter le rappeur à ce style de vie. La preuve avec le fabuleux « Ecstasy », constitué de couinements parsemés un peu partout sur la production, surplombé par un refrain entêtant aux mots courts de sens. Dans « Astroboy », des barres métalliques s’entrechoquent sur des basses bouncys, collant parfaitement avec son discours centré sur les crackheads venus s’alimenter pour s’envoler à la manière du petit bonhomme robotisé. Les atmosphères industrielles donnent à Zola l’envie de parler du block, où se dressent des murs de béton froids à la couleur grisâtre transformés en four.

Et comme les deals amènent à l’argent, Zolabeille et Ninho décident d’en faire une hymne : « Papers », pour nous faire comprendre que leurs sacoches sont remplies de billets violets comme les Lackers. Si le morceau touche du bout des doigts la mention « Hit pour les clubs », la réalité peu scintillante du quartier s’insère dans leurs couplets, parmi les mecs bizarres qui rodent autour du plug ou cette foutue monnaie qui dicte bien trop leur vie, au point de la gâcher. 

Déjà sur la carte du Rap

Ce qui définit l’écriture du rappeur est sa faculté à peindre les scènes du quotidien avec précision. Que ce soit l’évacuation des pilules par le lavabo lorsque les poulets débarquent, les odeurs de pisse, de bière et de transpiration qui se mélangent dans le bâtiment ou les cordes vocales qui s’effritent à chaque fois que les gyrophares rugissent.  Même s’il n’exploite pas cette qualité aussi souvent qu’on pourrait l’espérer, une flopée de lignes parsemées entre une masse d’égo-trip retiendra votre attention.  Surtout que son flow très espacé permet de s’imprégner des textes avec aisance. Car si la formule fonctionne si bien, c’est aussi par sa capacité a ne jamais endormir l’auditeur, en le captivant par de courts couplets suivis par un pont chanté avant d’attaquer le refrain, le tout sur des pistes ne dépassant que rarement les 3 minutes.

En s’alliant avec Kore, le disque montre une grande versatilité, entre de grosses caisses qui fracassent le crâne et des nappes de clavier laid back, le tout en gardant une ligne directrice cohérente. Le gamin n’a que 19 ans et arrive pourtant en solide forme car, si certains morceaux font dans la facilité comme « 7.65 » ou dans le dispensable pour « L1 L2 », le projet reste plaisant du début à la fin, nous faisant presque oublier la confrontation qu’il a dû mener ce vendredi 5 avril 2019.

Axel Bodin
Adepte de métaphores farfelues, j’aime exposer les artistes tels des entités répondant à nos questions existentielles. Toujours à la recherche du bon et du mauvais goût, je suis ici pour vous fournir la deuxième lecture insoupçonnée du Hip-Hop.