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Kenny Beats : le producteur de ton rappeur favori
28.03.19
Kenny Beats : le producteur de ton rappeur favori
Woah Kenny !

Pour beaucoup d’entre nous, écumer les crédits de nos albums favoris en allant sur la plateforme Genius constitue une part de notre routine. Un site faisant office de dictionnaire incroyable où tout est référencé de manière ordonné. Et ce qui nous intrigue le plus sont les gars présents aux manettes effectuant 50% du taf. Comprendre le rôle du producteur est primordial pour démanteler la conception d’une œuvre. Et pour qu’un de ces hommes de l’ombre puisse être gravé dans notre mémoire, il suffit d’apercevoir son nom sur une multitude de tracks. Kenny Beats fait parti de cette catégorie.

« Woah Kenny ! » Voilà le tag que l’on peut entendre résonner à l’ouverture de ses morceaux. Une empreinte régulière durant cette année 2018. Vagabondant entre projets communs avec des artistes et apparitions furtives sur certaines pistes, Kenny a augmenté son rythme de productivité pour ne pas passer inaperçu. Il faut toutefois fouiller  dans les archives pour comprendre le parcours qu’il a accompli.

Les preludes

Un sac de weed disposé sur sa commode au cas où un client lui passerait un coup de fil pour une livraison, une tablette de mixage branchée continuellement à son PC et des rappeurs qui procèdent à des aller-retours dans sa chambre pour démystifier leur flow. Voilà la routine de Kenny Beats lorsqu’il avait 19 ans, alors qu’il résidait encore chez son père. Car si le garçon peut être qualifié de bedroom producer, il n’adopte pas la même méthode de travail qu’eux. La proximité avec les artistes est sa priorité. Au fil de longues discussions, il démembre la musique de l’auteur pour mieux le cerner et vient y ajouter sa patte personnel.

Evidement, au début de la décennie, il fait ses griffes avec des artistes moyens comme, par exemple, un homme répondant au nom de Chris Webby qui proposait un rap de collégien comme pouvait le faire Mac Miller à cette époque. Et grâce à ce dernier, Kenny pu rencontrer la crème de la crème ridant sur la rive de la West Coast : ScHoolboy Q et Ab-Soul. Souvent présent sur leurs projets, le producteur avançait paisiblement dans sa carrière professionnelle. Paisiblement ? Pas tout à fait. Car en termes de revenus, il n’y connait rien et se retrouve vite largué concernant les procédures à mettre en place pour que tout artiste le paye.

Mais depuis sa fenêtre, une solution pragmatique lui tendit la main : l’EDM. A l’heure où David Guetta explose les charts et Skrillex vulgarise le Dubstep,  il n’y a rien de plus tentant pour un Dj, que de pratiquer ce sport pour devenir un athlète gracieusement rémunéré. Cela en résulte à la formation d’un duo nommé Loudpvck qui lui offrira l’opportunité de trotter dans des festivals partout dans le monde pour faire gigoter une foule de marshmallows.

Mais après 5 ans d’activités, Kenneth de son vrai nom, est fatigué et à compris ce qu’était la gloire. Son premier amour lui fait des avances au loin. Déjà, il commence à inviter le rappeur Reese Laflare sur une de ses maquettes EDM, il n’en fallait pas plus pour qu’il succombe, sans même s’en apercevoir. Le voilà de retour dans le rap jeu.

La consécration

L’année 2017 commence à s’éteindre et Kenny se sent prêt à remplir à nouveau son portfolio. Mais avant cela, une mise à jour s’impose. Il se doit d’étudier les nouveaux procédés en rigueur pour le mixage et la mise en place des patterns. De plus, l’EDM lui à permis d’acquérir une meilleure maitrise pour la compression et les reverbs. A y voir du plus près, les sonorités électroniques qu’il utilisait ressemblent étrangement à ce que les rappeurs proposent de nos jours. C’est décidé, il s’embarque dans une aventure en solo. Concernant le business, il a compris comment ne pas se faire rouler et toucher des liasses de dollars arborant la tête de Benjamin Franklin.

A bas les grandes stars qui composent le crew TDE, il veut trouver les talents de demain. Un large choix s’offre à lui, quelques clics sur internet, quelques instrumentales envoyées par l’iCloud, et le tour est joué. De ce fait, il entreprendra une collaboration avec Hoodrich Pablo Juan, rappeur qui manie un flow tout-terrain posant sur des productions osées et irrégulières. En découle alors un EP commun régit son le nom de Dark South. Une notoriété regagnée, il ne tardera pas à se hisser sur une plus grande échelle en prenant part à la moitié du projet de Freddie Gibbs ou sur quelques pistes provenant du dernier album de 03 Greedo.

Maintenant, il n’a plus qu’à continuer sur sa lancée et grimper les marches du succès pour… non en fait ! Kenny a décidé de faire ce qu’il aime, et cela inclut de produire les rappeurs en qui il voit du potentiel, qu’importe leur nombre d’abonnés sur Instagram.  Se forme alors un couple fusionnelle avec le rappeur KEY!, aboutissant au projet 777. Un flow malléable où il est difficile de différencier chant et rap, le tout posé sur des beats aux boucles entrainantes et aux kicks judicieusement placés. Voici la recette qu’ils ont concoctée.

Voilà que 6 mois sont passés depuis 2018 et son nom se fait de plus en plus entendre dans la sphère rapologique.

Ce qu’il reste à prouver

Marchant avec aisance vers le succès, il s’affilera avec d’autres rookies comme Rico Nasty ou UnoTheActivist. Mais un élément majeur viendra mettre du sel dans ses pastas. Le rappeur Vince Staples l’appellera pour un projet secret dont personne ne devait en connaitre l’existence. Le Californien fait maintenant parti des grands et à déjà une direction artistique bien établie. Kenny n’aura donc qu’à proposer des packs de productions et Vince choisira les plus adéquates. Présent sur pratiquement chaque piste, impossible pour les adeptes comme nous de passer à côté.

Appelé par des gros médias comme Pitchfork pour des interviews, son visage parsemé d’une barbe rousse est reconnaissable entre mille. Sans compter les projets en binômes qu’il continue de sortir comme 2 Minutes Drills avec AllBlack ou Bad Influence de Q Da Fool. Sa polyvalence lui permet de naviguer entre des sonorités de la côte Est et Ouest tout en gardant cette empreinte électro remplie de boucles vocales presque soul surplombées par des snares et des kicks industriels étouffants. Actuellement, il brille grâce à son featuring avec JPEGMAFIA. Un morceau qui peut lui ouvrir une nouvelle porte : la conception de son propre album, le propulsant au pic de la pyramide de Maslow.

Axel Bodin
Adepte de métaphores farfelues, j’aime exposer les artistes tels des entités répondant à nos questions existentielles. Toujours à la recherche du bon et du mauvais goût, je suis ici pour vous fournir la deuxième lecture insoupçonnée du Hip-Hop.