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Chronique :
‘Gangster Doodles Music Vol. 1’, l’album de la semaine
28.03.19
‘Gangster Doodles Music Vol. 1’, l’album de la semaine
La Panthère Rose

Comme chaque vendredi, dès mon réveil, je saute sur les sorties de la semaine. Il y a bien sûr celles que j’attendais, mais aussi les petites surprises que j’avais malencontreusement oublié. Ce fût le cas pour une compilation qui avait effleurée ma rétine un mois auparavant : Gangster Doodles Music Vol. 1. C’était à travers le morceau « Well I Bet Ya » du grand producteur de Montréal, Kaytranada, que j’ai pu porter un intérêt certain pour cette œuvre. De plus, elle comporte un nombre d’artistes impressionnant comme Blu ou bien Quelle Chris et dont j’aurai l’occasion de vous parler un peu plus bas.

Car avant toute chose, il faut comprendre comment tout cela est né. Qui a réussit à bâtir ce concept encore un peu flou pour nous ? Car hormis un titre, une pochette où apparait un dessin de la Panthère Rose sur un fond  noir et une date de sortie annoncée pour le 8 mars, je n’avais moi-même aucune idée de ce qui se cachait derrière tout ça. Alors la moindre des choses, c’est d’aller explorer les origines pour que vous puissiez découvrir et apprécier la compil’ à sa juste valeur. Comprenons donc ensemble qui est ce fameux Gangster Noodles

 

La naissance de l’artiste

Il suffit de quelques post-its jaunes sur un bureau, un amour pour le hip-hop et la pop-culture qui l’entoure puis de la chance, tout de même, pour devenir Marlon Sassy aka Gangster Doodles. Homme au visage flouté, seules ses illustrations parlent pour lui à travers ses expositions, ses artbooks et son Instagram. Mais comment en est-il arrivé là ?

Lorsque, durant sa jeunesse, il avait économisé pour faire une école de cinéma, il n’aurait pas cru finir manager, coincé entre 4 cloisons en bois, durant 9 ans à faire des tâches dont aucun de ses collègues ne comprenaient l’utilité. L’une d’elles était pourtant simple : commander les affaires de bureau. Parmi toutes ses fournitures se distingue un produit bien précis : le post-it. Alors que des centaines de ces papiers s’éparpillaient autours de lui, l’idée de gribouiller quelques traits hasardeux lui vint à l’esprit. C’est-à-dire des « doodles », mot qualifiant ces illustrations brouillonnes où le dernier trait n’est jamais prédéfini.

Au fur et à mesure, il s’est dit qu’il pourrait en tirer quelque chose. Et à l’heure où Tumblr est à son apogée en 2014, il décida d’ouvrir une page pour publier ses œuvres profondément inspirées par son amour pour le hip-hop. Apprenant cet art sur le tas, il précise son style minimaliste réduit à 5 couleurs, et où il épaissit les traits de ses rappeurs et acteurs favoris pour presque les transformer en caricatures.

Il se fait alors vite repérer par des grosses têtes de l’industrie. A commencé par Jeff Jank, designer pour le légendaire label Stone Throw Records, ayant travaillé sur les pochettes d’albums de Quasimodo, Dâm-Funk ou le soul man Mayer Hawthrone. De là, se construit une passerelle pour Sassy, lui octroyant la chance de  s’extirper du carcan dans lequel il s’était ancré depuis bien trop longtemps.

La question qu’il se pose donc est : Comment faire parler de mon art puis le monétiser sans passer par des galeries dîtes « classiques » qui ne lui offriront pas sa chance ? La réponse était déjà à moitié résolue : les réseaux sociaux. Il poursuit son bout de chemin en publiant des artbooks sous Valley Cruise Press. Cependant, le format n’est pas aussi détaillé qu’il le souhaiterait.

C’est pour cela, qu’en 2017, il sort un livre à la couverture plus épaisse et aux pages plus nombreuses. De plus, un certain Shia LaBoeuf vient s’immiscer dans le projet. En effet, quand Gangster Doodles reçoit un mail avec la photo d’une jambe où sont tatoués 5 de ses dessins, il hallucine. Et même si ce mail portait le nom de l’acteur, il pensait avoir à faire à une personne lambda. Mais après quelques échanges, il comprit vite : c’etait l’homme en personne. Il se risque à lui demander s’il voudrait effectuer une introduction pour son nouveau livre. Quelques heures plus tard, le gars avait fait le taf, signature à la fin de texte. 

Aboutissement du projet

Après un certain succès avec son œuvre, il put organiser ses propres vernissages  un peu partout dans le monde et notamment en France. Cela ramènera alors la sphère bobo qui lui mâchera le travail en partageant son contenu et ira se faire tatouer ses doodles. En parallèle, il entreprend son projet le plus ambitieux : la fameuse compilation. Certes, quelques années auparavant, il était aux manettes de la  direction artistique pour l’album Wraptaype de Knxwledge mais cette fois-ci, c’était différent. Il allait demander à ses potes faisant de la musique, d’ajouter leur pierre à l’édifice. Parce que, au début, on avait affaire à seulement 5 à 10 tracks. Sauf qu’en deux ans de travail, il se permet d’avoir de plus en plus d’affiliation avec la scène underground du hip-hop. Et ses connexions sont parfois constituées de ses idoles comme Madlib ou Jonwayne.  A la fin, il se retrouve avec 26 pistes où figurent des artistes comme Father d’Awful Records ou Max B, pourtant bloqué derrière les barreaux. Evidement, Sassy n’a pas fait les choses à moitié et à créé un merchandising constitué de sweatshirts, cassettes et vinyles fournis en illustrations.

Ce disque a de quoi séduire une large audience en vue de la versatilité des morceaux, très bons pour la plupart. Le but de pourvoir être une compilation efficace est atteint et Gangster Doodles a le mérite d’avoir pu passer de manager à créateur indépendant et respecté. Maintenant qu’il peut vivre de sa passion, il se penche vers de nouveaux médias dont l’animation pour des clips vidéo. Le premier en date est celui de Madlib et Oh No « Big Whips ». Je vous invite à vous intéresser à ce premier volume qui ne peut qu’apporter du bien-être à vos oreilles.

Axel Bodin
Adepte de métaphores farfelues, j’aime exposer les artistes tels des entités répondant à nos questions existentielles. Toujours à la recherche du bon et du mauvais goût, je suis ici pour vous fournir la deuxième lecture insoupçonnée du Hip-Hop.