Retour
Chronique :
L’album ‘Rap Or Go To The League’ de 2 Chainz en 5 punchlines
20.03.19
L’album ‘Rap Or Go To The League’ de 2 Chainz en 5 punchlines
Une histoire de ballon

Comme lors de la promotion de son précédent album Pretty Girls Like Trap Music, le rappeur 2 Chainz a créé l’événement il y a un an, lors de l’annonce de la sortie de son dernier projet. En effet, le MC a lancé dans les airs un ballon dirigeable durant le NBA All Star Weekend, sur lequel était inscrit le titre  Rap Or Go To The League. Cet événement eut donc pour but d’annoncer le cinquième album studio du rappeur, accompagné d’une pochette à la couleur jaune canarie et d’une sortie au 1er mars.

Avec un tel coup marketing, il est certain que ce blockbuster ne passera pas inaperçu. D’ailleurs, le rapport entre l’événement sportif et le disque n’est pas un hasard car le bonhomme a décidé de nous offrir des textes plus introspectifs en expliquant, entre autres, son passé de basketteur et de dealer dans l’état de Géorgie. C’est donc l’occasion pour moi de mettre en avant quelques lignes dispersées au milieu des quatorze pistes, me permettant de vous expliquer plus en détail, certains passages de sa vie.

« Go a phone call for Lil’ Fate /Somebody shot his son, he didn’t make it » (Forgiven)

Dès l’introduction, on devine la volonté de Tity Boi de nous partager plus profondément sa vie. Et notamment avec cette ligne sur Lil Fate, son ami d‘enfance avec qui il avait signé sous le label de Ludacris, Disturbing Tha Peace dans les années 2000. Alors que leur amitié ne s’était jamais effritée, un élément viendra perturber leur relation en novembre 2014 lorsque son compère Fate l’appèlera pour lui communiquer la mort de son fils tombé sous les balles.

Déboussolé, notre rappeur au bout du fil ne sut pas comment réagir mais réussira tout de même à en tirer une leçon qu’il tachera d’appliquer : « les enfants ne sont pas supposés mourir avant leurs créateurs ».

« I done some things I ain’t proud of/Like sold my mom drug » (Threat 2 Society)

Ce n’est pas la première fois que 2 Chainz nous raconte la période durant laquelle il fournissait de la drogue à sa mère. Sauf qu’ici, il s’attarde surtout sur son activité en tant que dealer et le dilemme de choisir entre répondre aux attentes de celle-ci en lui procurant sa came ou aller à l’encontre de ses exigences.

Malheureusement, le cercle vicieux de la rue l’oblige à appliquer la première option. En vivant dans une trap house, lieu où est fabriquée la drogue,  il est difficile de s’extirper de ce traquenard et de lutter contre l’addiction incontrôlable de cette femme. Avec une maison constituée uniquement de 2 pièces, difficile pour lui de ne pas voir la triste réalité prendre forme.

« South Side nigga, I used to serve Lil Jon/On Godby road I shit dice with Troup/Hit the Dd mall and then I served Big Unk/Anytime 50 came to town I served Buck/Anytime the sixers played the Hawks I seen Chuck » (Statute Of Limitations)

Un nouveau fait sur sa carrière de vendeur de pépites, régulièrement posé sur le corner de McDaniel Street, est énoncé. Hormis les crackheads habituels qu’il servait, nombreux de ses clients ont des noms qui sonnent familiers dès qu’on l’est prononce. Une liste est dressée.

A commencer par Lil Jon, l’ambassadeur du crunk, puis Big Unk, rappeur de la Louisiane, ou même 50 Cent lorsqu’il venait faire un tour à Atlanta avec Young Buck, membre de son crew le G-Unit. Mais il serait regrettable de se limiter seulement aux rappeurs car le basketteur Charles Barkley a lui aussi fait un petit détour dans la ville du sud pour s’approvisionner, tout comme l’équipe sportive des Sixers. Un carnet de contact conséquent !

« I probably learned more from Coach Gwynn/Than I did from my own kin » (Threat 2 Society)

Pour rester sur l’aspect sportif, qu’il met à l’honneur dans cet album, revenons sur l’un des coachs qui a impacté le rappeur, James Gwynn, entraineur de l’équipe de North Clayton : les Eagles dont 2 Chainz faisait parti entre 92 et 95.

Dans cette ligne, nous comprenons qu’il a appris bien plus en jouant à ses côtés qu’en étant avec ses proches. Pas si étonnant, lorsque l’on voit la situation catastrophique à laquelle il devait se plier. Un extrait d’un match est d’ailleurs samplé sur le morceau « Forgiven ».

« No Teacup, This is a bully » (NCAA)

Finissons par une petite punchline egotrip légère où 2 Chainz compare ses adversaires au chien le plus inoffensif, le Bichon Maltais. Ce chien au pelage blanc qui semble incapable de causer le moindre tord à quiconque.

Notre cher rappeur préfère se munir d’un bulldog comme il le revendiquera dans « Threat 2 Society ». En effet, depuis 2015, il traine avec lui le molosse Trappy un peu partout comme nous pouvons le voir dans l’épisode de Rapture qui lui est consacré sur Netflix. Et malgré sa modeste taille, il nous rappelle qu’il n’est pas un « teacup dog », une expression anglaise qualifiant les petits canins pouvant presque renter dans une tasse de thé.

Finir entre 4 planches ou entre 4 lignes

En vous proposant de parcourir ces 5 extraits, je vous pousse à vous pencher sur ce projet qui regorge de pleins d’autres surprises. Il suffit de voir les producteurs à la barre comme 9th Wonder, Pharrell ou 30 Roc. Sans oublier ce parti pris assez fort d’intégrer un univers sportif, preuve en est avec la participation du basketteur LeBron James sur la production.

Et n’imaginez pas qu’il est venu seul sur les vocaux car l’on retrouve de beaux noms tels que Kendrick Lamar, Chance The Rapper ou Ariana Grande. Mais le mieux est de vous faire votre propre idée en explorant ce dilemme entre devenir un dealer ou un athlète, qu’il retranscrit sur des rythmes endiablés.    

Axel Bodin
Adepte de métaphores farfelues, j’aime exposer les artistes tels des entités répondant à nos questions existentielles. Toujours à la recherche du bon et du mauvais goût, je suis ici pour vous fournir la deuxième lecture insoupçonnée du Hip-Hop.