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Chronique :
Prince Waly présente BOYZ
29.01.19
Prince Waly présente BOYZ
Le retour du Prince

Après 3 projets avec son groupe Big Buddha Cheez et un EP en collaboration avec le producteur bientôt légendaire Myth Syzer, le rappeur Prince Waly, originaire de Montreuil  arrive en ce début d’année avec un EP, BOY Z, montrant un détachement avec son groupe pour faire évoluer sa carrière solo. En novembre, il tease le premier morceau « Marcellus Wallace » avec un clip réalisé par la crème de la crème, Valentin Petit. Et notre bonhomme a su bien s’entourer pour bâtir ce petit bijou. A commencer par les grandes personnalités présentes sur chaque piste du disque mais aussi par une direction artistique calculée et soignée que ce soit au niveau du visuel que par les productions apportées.

Et après plusieurs écoutes, je me sentais prêt à répartir les 9 sons en 3 catégories bien distinctes pour définir les influences et les facteurs qui l’ont poussé à prendre cette trajectoire. Car il est vrai que le gaillard s’était des fois cantonné à une couleur homogène qui dérivait plus sur du boom bap 90’s lorsqu’il rappait avec BBC. Il y a bien eu la collaboration avec Myth Syzer sur un 8 titre sauf qu’encore une fois, la palette de couleurs était limitée. Et même si,  quelque part cela pouvait être un point fort, ici on aboutit à un résultat plus surprenant et qui s’écoute sans écœurement du début à la fin. Bref, assez de bavardage, rentrons dans ces fameuses rubriques.

Face à la chanson française

A mon avis, c’est le changement le plus radical et pourtant celui qui marche le plus. Mais pourquoi donc la chanson française lui va si bien ?  Déjà par un apport qui rend le parti pris concret qui consiste à invité Feu ! Chatterton. Groupe Français mélangeant le rock et la pop tout en ayant un chanteur à la voix lancinante et grave digne d’un Alain Bashung. Sur le morceau éponyme de l’EP résonne une production bien plus électro qui évolue continuellement grâce à des nappes aériennes rythmés par des batteries légères et effrénées à la fois. Mais même si c’est le facteur le plus frappant, le rappeur nous dit avoir réussi à prendre cette direction grâce à sa relation professionnelle qu’il entretient avec la chanteuse Soul Enchantée Julia.

De ce fait, elle l’a guidée sur un terrain plus large où il se devait d’expérimenter son chant et trouver une nouvelle façon d’écrire en s’éloignant du storytelling, épousant alors des rimes plus spontanées et percutantes. Une collaboration s’est donc produite sur le morceau « Girl » où, tous deux superposent leur voix sur une production mielleuse. D’ailleurs, Julia se situe pratiquement comme une directrice artistique de la 1er à la 9ième piste en ayant donné à Waly le chemin à suivre pour s’émanciper de son rap parfois trop claustrophobe. Du coup, ce n’est pas étonnant de la retrouver en arrière fond sur certains morceaux. Un dernier titre mérite de se retrouver dans cette rubrique, « Smoke » avec le rappeur Loveni. Pourquoi demanderez-vous ? Pour sa thématique sur la cigarette et cette relation toxique et pourtant si séduisante qu’ils ont avec. J’a l’impression de retrouver cet engouement présent dans les années 70 où elle nous semblait encore inoffensive et était symbolique dans de nombreux films et chansons.

L’homme des temps modernes

Rendons-nous à la partie qui positionne le projet dans l’air du temps : la trap et l’égo-trip. Et celui qui rentre le plus facilement dans cette catégorie c’est bien « Doggy Bag ». Dès les premières lignes, on sait ce que l’on va nous servir : « Fuck ta poésie, ta go hésite quand Dooky m’back/Tu vas mourir comme Walter dans Breaking Bad ». Pas de la poésie traditionnelle mais plutôt de la grosse artillerie lourde droit dans notre gueule. Evidement, c’est aussi les kicks violents d’une 808 qui propulsent ces 2.44 minutes au stade de non répit.

Bizarrement, les deux sons qui vont suivre ne nous secourront pas autant que celui-ci. A commencer par « YZ » qui se veut nettement plus Cloud. Un mot certes trop galvaudé, sauf que quand Triplego aka le duo le plus fly de ce rap jeu, pose sur le refrain, tout prend son sens. On est face à l’un des morceaux les plus entraînant qui, je l’espère, aura le droit à son clip. Et pour finir, « Rain Man »  en compagnie de Tengo John qui aurait pu, je l’avoue, s’inscrire en tant que chanson française en vue d’un chant mélodique présent tout du long. Cependant, les placements des batteries correspondent parfaitement à ce qui se fait actuellement. Puis on y trouve ce sample d’une gâchette de 9mm qui se recharge pour ensuite tirer trois coups de feu avant la reprise du refrain, ce qui dynamise l’ensemble.

Retour aux racines

Et dans ces trois extraits qui nous restent, on trouve un point commun à chacun : un sampling crasseux de vocaux qui leurs permettent d’avoir une forme bien distincte.  Je crois qu’on peut s’aventurer à dire que l’on est replongé dans un semi Boom Bap. C’est tout de même ce qui définit Prince Waly en premier lieu. L’introduction, « Marsellus Wallace », doit être prise en compte car même si une basse puissante est positionnée toute les 4 mesures, la production se veut lente avec une ambiance lugubre. De plus, un lexique de gangster à la veste en cuire sortit tout droit d’un film des années 90 se retrouve dans son dialecte. Très français tout ça.

Alpha Wann aussi se trouve mêlé à cette pluie d’invités pour rester dans ce qu’il manie le mieux, les instrumentales au 85 BPM. Dedans, les samples rebondissent sur eux-mêmes pour créer un morceau dynamique qui se cogne contre les consonances des deux rappeurs. Concluons avec le dernier morceau « Ma Chaussure », une ode aux baskets et leur utilisation variant entre le chewing-gum fourbe venu se coller à la semelle et les têtes écrasées sous le poids de la paire. Un thème que l’on retrouve bien souvent dans le rap.

Un pari réussi

En nous livrant cet EP, Prince Waly nous démontre son habilité au micro qu’il a acquis pendant ce laps de temps où il s’est absenté. Paradoxalement, lorsque l’on regarde les nombreux participants sur la tracklist, on aurait pu croire qu’il s’égarerait entre pleins de style ou bien qu’il se ferrait écraser par ses concurrents. Et pourtant il s’impose avec une pâte cohérente tout en amenant des influences qu’il est allé chercher aux quatre coins de la pièce.

Comme il a pu le dire lui-même, il est trop longtemps resté renfermé dans des codes bien précis et n’a finalement jamais proposé quelque chose d’aussi personnel que lorsqu’il s’en est échappé.  Cette œuvre retranscrit au mieux sa vie dans tous ses aspects. D’ailleurs, je pense que c’est pour cela qu’il y a une telle homogénéité car on n’y voit un reflet des émotions que l’on parcourt chaque jour et auxquelles on peut s’identifier. Il est vrai qu’elles peuvent être différentes, voir même opposées, mais si l’on fait trois pas en arrière, le tout forme un être complet par sa diversité. Un sorte de logique dans l’illogique.

Axel Bodin
Adepte de métaphores farfelues, j’aime exposer les artistes tels des entités répondant à nos questions existentielles. Toujours à la recherche du bon et du mauvais goût, je suis ici pour vous fournir la deuxième lecture insoupçonnée du Hip-Hop.