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Première Ecoute : Orelsan – Epilogue (La Fête Est Finie)
17.11.18
Première Ecoute : Orelsan – Epilogue (La Fête Est Finie)
LA FÊTE N’EST PAS FINIE

Il y a plusieurs mois, avec mon frère nous avons acheté nos places pour le concert d’Orelsan qui se tiendra à l’AccorHotels Arena, anciennement Bercy, le 5 décembre. Depuis, je me suis lancé dans une nouvelle écoute de sa discographie, qui débutait en 2009 avec l’album Perdu d’Avance. A l’époque, la plupart de ses morceaux ne me parlaient pas vraiment, puisque j’étais pris de passion pour Lil Wayne et m’imaginait dans une grande Maybach en écoutant Deeper Than Rap de Rick Ross. Mais progressivement les thèmes abordés par le rappeur cannais m’ont touché et/ou m’ont fait rire.

Huit ans plus tard, Aurélien Cotentin nous a proposé son album La Fête Est Finie, véritable succès qui l’a mené jusqu’aux Victoires De La Musique et érigé au rang de pop star française. Pourtant, il semblerait que San n’ait pas encore éteint son stroboscope et débranché ses enceintes, puisqu’il sort aujourd’hui l’épilogue de son dernier album, composé de onze titres inédits dont un featuring surprenant avec une pop star d’un autre genre : le bre-som Damso. Accompagnez-moi le temps d’une première écoute de ce projet, qui je l’espère ne fera que magnifier la carrière d’un artiste qui a choisi de « faire de la musique de noir ».

01. Fantômes

Quelques notes de piano résonnent tandis qu’Orelsan répète le terme « San », faisant ainsi écho à la piste introductive de son album La Fête Est Finie. Je l’imagine dans une salle des fêtes entrain de chantonner bourré et shooter dans des chapeaux en carton. Quel drop ! Orel pose calmement mais toujours dans les temps en nous balançant ses réflexions, comme lorsqu’il évoque ses envies d’exode, nous renvoyant aux nombreux rappeurs ayant pensé à prendre leur retraite, comme dernièrement le jeune MHD.

Il se lance dans un pont chanté, souvent signe d’un couplet à venir qui serait plus agressif. En effet, changement de flow accompagné de punchlines piquantes, notre rappeur se joue du game et de ses concurrents qui s’affichent sur les réseaux-sociaux. Mais le spleen plane toujours sur ce titre, puisqu’il évoque une vision triste de Paris, bien loin de celle Gil Pender dans Midnight In Paris. Toujours aussi bizarre, blasé et enclin aux problèmes, Orelsan change une dernière fois de flow, comme pour rattraper le temps et nous en mettre plein la vue.

Un très bon morceau qui démontre une fois encore l’étendue de ses qualité techniques et d’écriture.

02. Tout Ce Que Je Sais (Feat.YBN Cordae)

Sans perdre une seconde, on enchaîne avec ce nouveau titre à l’atmosphère planante. Raelsan rentre sur le beat avec un refrain entrainant que j’imagine être repris en live par son public. Si à la fin du précédent morceau, Orelsan semblait courir après le temps, il n’est toujours pas prêt de ralentir, lui qui a mis dix ans à percer. Il accompagne ses phases avec des gimmicks, qui me font penser à Jok’Air, surtout sur les « woh » et cela fonctionne à merveille.

Je l’imagine arraché dans une soirée bondée, slalomant entre les jeunes groupies et les pique-assiettes, après avoir avalé un space cookie. YBN Cordae débarque à son tour, me rappelant la collaboration de Nekfeu avec le californien 86 Joon, présente sur la réédition de son album Feu. Le rappeur du Maryland qui s’était fait repérer avec son remix de « My Name Is », pose a cappella et amène une autre vibe.

Une belle collaboration, qui prouve une fois de plus que les connexions entre les rappeurs français et anglophones fonctionnent de mieux en mieux.

03. La Famille, La Famille

Après nous avoir marqué avec son titre « Défaite De Famille », nous rappelant d’ailleurs l’Orelsan des débuts, notre MC revient avec plus de recul sur sa vision de la famille, en valorisant ses bons côtés. Bourré depuis quatre heures de l’après-midi au punch dégueulasse, Aurélien décide de se lancer dans un discours plein de mélancolie, en évoquant ses souvenirs d’enfance, des parties de foot sur un « terrain » improvisé à l’arrivé d’un faux père-noël.

Dans ses interviews concernant son album La Fête Est Finie, le rappeur évoquait une « genèse » de son titre « Défaite De Famille », qui était une version moins critique et plus positive. Il semblerait qu’elle ait été retravaillée pour que nous puissions l’entendre aujourd’hui, et présente plus que jamais notre rappeur comme un homme, toujours séduit par l’enfance, mais qui n’a d’autre choix que de prendre du recul pour apprécier les bons moments, même ceux qui intègrent la danse de la chenille.

Une excellente seconde partie, qui mettra la larme à l’oeil aux médias généralistes.

04. Mes Grands-Parents

Les fans du rappeur ou tout simplement de Rap, ont pu entendre ce titre d’Orelsan sur France Inter, dans l’émission Boomerang en octobre 2017. Il pensait que ce morceau n’avait pas sa place dans La Fête Est Finie, et souhaitait le présenter sous forme de poème. Mais heureusement, Orel a changé d’avis et pose sur de belles notes de piano, nous renvoyant à l’époque de ses grands-parents, dont il dépeint les portraits, en étant à la fois doux et drôle.

Comme beaucoup en l’écoutant, j’ai pu trouver des points communs avec mes grands-parents, des références au franc à la peur de manquer et à la mort qui est omniprésente, quand aller aux enterrements devient presque une sortie quotidienne. J’imagine Orelsan posé sur un vieux rocking chair, regardant des photos en noir et blanc et observant ses grands-parents d’un oeil admiratif, en faisant le parallèle entre sa vie et la leur au même âge. Il conclue avec cette belle phrase « mes grands-parents ont l’disque-dur qui commence à ramer / on f’ra passer les histoires, laissera pas la mémoire s’effacer », avant que la voix de Colette Magny ne soit samplée.

Un beau morceau, qui cette fois, nous mettra tous la larme à l’oeil.

05. Tout Va Bien (Remix) [Feat.Eugy & Kojo Funds]

Finalement, il n’y aura que dix titres originaux, puisque Orelsan nous propose le remix de son morceau « Tout Va Bien » avec deux artistes qui m’étaient jusqu’ici inconnus : Eugy et Kojo Funds. Si j’adore le morceau original, co-produit par Skread et Stromae, je me pose la question de l’intérêt d’en avoir fait un remix, en gardant la même instrumentale et d’y avoir injecté ce qui pourrait s’apparenter à de l’afro-trap.

Eugy et Kojo Funds respectent toutefois le thème abordé originellement, et Orelsan pose un couplet court mais inédit, cette fois plus chanté mais toujours bien écrit, avec de belles images pour conserver l’innocence des enfants. Je me pose toujours la question du but de ce remix et comment s’est faite la connexion entre les trois artistes…

J’aurais simplement préféré un remix de « Christophe » avec des rappeurs comme Alpha Wann, VALD ou Sofiane. Nous aurions pu avoir un superbe méga-remix avec toute la scène chaude du Rap français, pour célébrer notre « musique de noir ». Dommage !

06. Discipline

On change carrément de vibe, avec une instrumentale originale et hyper rythmée. Je suis étonné d’entendre Orel poser sur ce titre et j’imagine qu’il s’agit d’une production de Skread, son acolyte avec lequel il tente ce type de délire. Technique, San pose son flow et nous fait part de toutes ses tentations : les meufs, les meufs en leggings et les meufs dans les carrés V.I.P, l’alcool, les jeux-vidéos, lui rappelant son époque geek et sa colère contre la Twittosphère et certains journalistes.

Pour combattre ses tentations, il lui faut de la discipline, seul mot employé durant le refrain laissant ainsi l’instrumentale pleinement respirer. Même dans ce type de sonorité plus club, Raelsan pense au passé, à ses recalages en boîte ou à l’époque où il posait simplement ses textes sans craindre un procès. Une nostalgie que partage visiblement une partie de son public, qui l’accuse d’être devenu « commercial », le même type de public qui n’aime un artiste que pour valoriser le fait qu’il l’écoutait avant tout le monde (coucou les fans des débuts de VALD !)

Très bon morceau, qui vous accompagnera lors de vos révisions ou en soirée lorsque vous êtes en couple, deux moments qui nécessitent de la discipline.

07. Adieu Les Filles

Lors de sa tournée des Zénith de France, Orelsan proposait à son public une version alternative de son morceau « Bonne Meuf », produit par ses petites mains. Aujourd’hui, cette version nous est offerte, avec une instrumentale pimpée par Skread, et un Orelsan toujours en proie à ses tentations, cette fois concentrées sur les femmes.

Aurélien semble avoir fait le « pire » move de sa vie en se casant après avoir percé et devoir donc, résister à son public féminin grandissant et d’autres types de tentatrices, résumées ici en « nids à problèmes ». J’imagine le rappeur cannais coincé dans une foule composée uniquement de femmes aux styles différents, tentant de leur échapper pour rejoindre sa compagne qui est devenu son « Paradis ».

Toujours drôle, cette nouvelle version fonctionne bien même si l’original est plus percutant avec les termes « bonne meuf » qui reviennent à chaque fois.

08. Excuses Ou Mensonges

Bien qu’il ait consacré les deux morceaux précédents aux tentations et son souhait d’y résister, il semblerait qu’Orelsan n’ait pas atteint ses objectifs. Le rappeur nous invite à assister à une grosse dispute avec sa compagne, une dispute qui semble être causée par une tromperie.

Après que résonne une voix pitchée, enchainant ainsi parfaitement avec le titre « Adieu Les Filles », notre MC pose d’une voix fragile, presque d’enfant, pour demander à sa compagne ce qu’elle souhaite entendre et lui sortir ses meilleures excuses pour l’empêcher de franchir la porte. Tout le monde un jour s’est rappelé ce dicton : « Toute vérité n’est pas bonne à dire » et Orelsan en a fait un morceau.

Un titre plutôt simple qui fonctionne bien, mais que je ne pense pas garder, puisqu’un peu trop répétitif.

09. Dis-Moi

Après s’être disputé avec sa compagne, Orelsan a tenté de l’oublier en se rendant dans une boîte de nuit, s’accouder au bar et enchainer les verres en se lançant dans un monologue chanté face à un barman trop étonné de le rencontrer pour pouvoir l’écouter. En tout cas, c’est ce que me laisse imaginer les premières notes de l’instrumentale et les phases d’Orelsan, hanté par ses problèmes de vie et de star.

En effet, San évoque sa déprime, sa peur de la solitude qui l’amènerait à ne plus se lever, ses problèmes d’égo et ses tentations évidemment. L’alcool est également un sujet omniprésent dans cet épilogue de La Fête Est Finie, qui est plus ouvert niveau chant, puisque notre rappeur se lance dans un refrain en choeur avec des voix féminines.

Plus aucun doute, Orelsan est devenue une véritable pop star comme l’illustre ce morceau, certainement influencé par ses sessions en studio avec Stromae !

10. Rêves Bizarres (Feat.Damso)

Mercredi dernier, les réseaux-sociaux se sont agités avec la sortie surprise du superbe clip de « Rêves Bizarres », grosse collaboration entre Orelsan et Damso. L’entendre dans ce projet, me laisse imaginer qu’Orelsan a été rejoint au bar par un Damso toujours aussi énervé et vindicatif, blessé par ses proches et prêt à en découdre sur le beat de Skread.

Raelsan rappe après avoir chanté durant trois titres et cela fait du bien ! Bien entendu, il n’est pas aussi nwaar que Dems, mais toujours aussi efficace et porté par une grande ambition : remplacer l’icône de plusieurs générations, Johnny Hallyday. Entre soupe miso et références à Naruto, notre MC nous fait encore sourire, avant que l’ouragan venu de Belgique ne pose un couplet démentiel et sale, enregistré seulement en un jour.

Un excellent banger, que personne n’attendait mais qui put se réaliser grâce au Printemps de Bourges, lieu de leur rencontre. Alors dédicace au département du Cher !

11. Epilogue

Cette dernière piste commence très fort avec une instrumentale digne de la bande originale d’un film dramatique. La petite voix samplée me laisse penser que Skread en est l’auteur, ce qui n’est pas pour me déplaire, vu son alchimie avec Orelsan. Je le sens parti pour ne poser qu’un couplet et ainsi nous marquer comme il l’avait fait, dans un tout autre délire, avec son classique « Suicide Social ». Une fois de plus, sa compagne est évoquée, elle qui finalement représente le fil rouge de ses deux derniers projets, tant au niveau des thèmes abordés que du deuil de son adolescence.

Aurélien revient sur son parcours mais se tourne surtout vers l’avenir, en ayant travaillé sur lui-même et su accorder son pardon, être franc sans faire mal, dire je t’aime et se résigner face aux événements sur lesquels il n’a aucune emprise. Une vision associée à son spleen, de retrouver ses salles de concerts vides après chaque live et ses moments de studio improvisés en solo, comme pour ce titre éponyme, enregistré seulement sept heures avant la livraison de son projet.

Un bon morceau qui conclue un épilogue réussit, cohérent avec La Fête Est Finie et qui confirme le statut d’Orelsan et Skread comme meilleur duo de producteur et rappeur francophone.

LA FÊTE N'EST JAMAIS FINIE

Après avoir écouté pour la première fois les onze nouveaux titres d’Orelsan, je n’ai qu’une envie : m’amuser à faire un mix de La Fête Est Finie avec son épilogue.

San a conçu un bon projet, qui magnifie son dernier et meilleur album, l’ancrant davantage dans le monde adulte sans pour autant renier son ADN musical et ses rêves de gosses.

Les meilleurs titres :

  • Rêves Bizarres (Feat.Damso)
  • Mes Grands Parents
  • Discipline
  • Tout Ce Que Je Sais (Feat.YBN Cordae)
Romain C. Draper
Fondateur & Rédacteur en Chef. En primaire, j'ai troqué mon goûter contre l'album "Première Consultation" de Doc Gynéco. Depuis je suis accroc au Rap.