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Faille Temporelle :
Faille Temporelle : ma découverte de « In Da Club » de 50 Cent
10.10.18
Faille Temporelle : ma découverte de « In Da Club » de 50 Cent
Il y a 15 ans

Cette semaine en me baladant sur Twitter, je suis tombé sur une rumeur qui raviva mon coeur d’amateur du Hip-Hop des années 2000. Dr. Dre, Eminem et leur ancien poulain 50 Cent, auraient tourné un clip au sommet de l’Empire State Building situé à New-York, pour un morceau figurant sur la bande-son du film Bodied. Je ne portais que peu d’attention à cette probable fake news, pour me replonger sur l’un de mes albums préférés : l’énorme Get Rich Or Die Tryin’ de Curtis Jackson, qui l’érigea en nouveau roi de la grande pomme.

Quinze années plus tard, Fiddy n’attire plus les projecteurs que pour ses petites piques lancées sur Instagram ou encore son rapprochement avec le mal-aimé 6ix9ine. Pourtant lors de mon énième écoute de cet album, ode au Gangsta-Rap, rien ne semblait avoir changé. Pire, jusqu’ici aucun titre n’a encore réussit à m’ambiancer autant que le puissant « In Da Club ». Ainsi, pour inaugurer notre nouvelle rubrique Faille Temporelle, durant laquelle nous reviendrons sur d’anciens morceaux, projets ou films, j’ai le plaisir de vous partager ma découverte de ce classic du Rap américain.

L’anti-héros par excellence

En 2003, je fêtais mes quinze ans. J’avais un style que l’on pourrait qualifier de « classique », j’écoutais encore Temps Mort de Booba et rentrais en seconde dans un lycée peu fréquentable. Mais ce dont je me souviens le plus, c’est ma joie lorsque j’ai découvert que notre abonnement aux chaînes de Wanadoo incluait MTV. Durant plus d’un an, je me faufilais dès que possible sur le canapé de notre salon pour découvrir les derniers clips ou enrichir ma culture musicale avec les anciennes bombes de Biggie, Jay-Z et Nas. Mais c’est un autre rappeur New-Yorkais qui attira mon attention, apparaissant pendu par les jambes, torse nu, tatoué et incroyablement musclé : 50 Cent. Même si j’avais lu différentes histoires le concernant sur des magazines spécialisés comme The Source, j’étais loin de penser que son flow allait m’hypnotiser et ce dès ses premières rimes, bien que simplistes.

Fifty était un nouveau genre de rappeur : un anti-héros, plus bling-bling que P. Diddy et plus insolent que Jigga. A sa manière de rapper sur le beat composé par Dre et Mike Elizondo, j’avais l’impression qu’on avait produit l’instrumentale après qu’il ait enregistré a cappella. Pourtant, le producteur de la côte ouest avait initialement destiné son oeuvre au groupe d’Eminem : les D-12, qui l’ont décliné, ne sachant comment poser dessus. Mais 50 Cent avait quant à lui une vision très claire de ce qu’il souhaitait en faire : « un hymne pour célébrer la vie », qui contrasterait avec l’ambiance sombre et street de son premier album officiel. Jusqu’au bout, il était persuadé que ce titre devait être son premier single, contrairement à Jimmy Lovine,  qui préconisait « If I Can’t ». Avec le soutien du Slim Shady, il poussa ce single, qui se hissa à la première place du Billboard Hot 100, fut nominé comme « Meilleur Son Rap » aux Grammy Awards et s’immisça dans chaque soirée d’anniversaire jusqu’à celles de la génération Y.

Le nouveau roi de New-York

Ce titre était sans conteste un énorme banger mais son visuel n’allait que renforcer son potentiel et surtout créer une hype autour de Curtis Jackson. La caméra du réalisateur Philip Atwell nous amena au sein du camp Hip-Hop nommé Shady/Aftermath Artist Development Center, situé dans une zone désertique. Des infirmières, bien entendu aussi sexy qu’appliquées, intervenaient sur l’imposant rappeur tandis qu’Eminem et Dr Dre assistaient à l’opération, tel le docteur Frankenstein observant la naissance de son monstre. Le nouveau prodige du Rap était donc placé entre quatre mains de génie et devait suivre un programme très stricte au sein de ce laboratoire : musculation en jogging G-Unit, répétition sous détecteur de mensonge pour prouver sa street-crédibilité et sessions d’enregistrement.

Mais après l’effort, le réconfort. 50 Cent débarque dans une soirée, toujours située dans ce laboratoire et sous le regard avisé de ses géniteurs. Tel un roi, Fiddy s’avance, plan au ralenti, devant son crew le G-Unit, qui allait envahir le game une année plus tard, composé de son ami d’enfance Tony Yayo, du rimeur Lloyd Banks et du sudiste Young Buck. Mais si vous regardez bien, vous y verrez également The Game, qui n’était pas encore affilié à la team, DJ Wood Kid, Xzibit le rappeur et ancien présentateur de la géniale émission Pimp My Ride, ou encore les D-12 qui devaient se mordre les doigts d’être passé à côté de ce morceau. Dès lors, Curtis Jackson allait devenir le nouveau roi de New-York, squatter le top des Charts et sonner la fin de certains artistes déjà bien installés comme Ja Rule.

Un faux wanksta et un walkman

A l’époque de Get Rich Or Die Tryin’, les CDs s’écoulaient encore facilement, n’ayant pratiquement aucune concurrence et faisant la joie des maisons de disque. J’attendais donc avec impatience de pouvoir acheter ce projet, une impatience qui dépassa même celle que j’éprouvais lors de la sortie de GTA3, où je fis une heure de queue sous la pluie, devant un petit magasin en plein mois d’octobre. Enfin, j’arrachais le film de protection et ouvrait cet album avec soin, pour y découvrir un disque habillé d’une cible noire couverte de balles, avec le logo de 50 Cent écrit en rouge, le titre et les différents logos des labels. Une pièce de collection, que je perdis avec tristesse lors d’un énième déménagement.

Si les CDs s’écoulaient encore facilement, cela voulait aussi dire que les lecteurs MP3 n’étaient pas encore au point. Je me rendis donc chaque jour au lycée durant un mois avec mon walkman bleu Philips pour écouter en boucle cet album, au point d’en rayer une partie. En pleine quête d’identité, j’avais adopté le look de 50 Cent : casquette, chaînes en toc et vêtements larges, de quoi me prendre moi aussi pour un wanksta, malgré mes 1m60 et ma gueule de babtou. Aujourd’hui, je suis loin de cette époque, j’ai échangé mes baggys contre des jeans serrés Levi’s. Mais un seul regret musical me hante toujours : celui d’avoir raté le méga-concert réunissant 50 Cent, son G-Unit, Snoop Dogg, Akon et Eminem, qui fut annulé après que ce dernier n’ai été hospitalisé pour overdose. Jamais je n’aurais vu l’éphémère roi de New-York au top de son art, lui qui préfère aujourd’hui se consacrer à sa série Power et feindre un retour en grandes pompes, qui me décevra forcément.

Romain C. Draper
Fondateur & Rédacteur en Chef. En primaire, j'ai troqué mon goûter contre l'album "Première Consultation" de Doc Gynéco. Depuis je suis accroc au Rap.