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Alpha Wann : le Top 5 de son album « UMLA (Une Main Lave l’Autre) »
29.09.18
Alpha Wann : le Top 5 de son album « UMLA (Une Main Lave l’Autre) »
UN RAPPEUR DE RAPPEUR

Le mois dernier, j’ai pu découvrir sur Netflix l’excellent documentaire Stretch and Bobbito: Radio That Changed Lives, dédié à l’émission de deux passionnés de Rap, qui ont changé la culture urbaine dans les années 90. Le DJ et l’animateur ont reçu de nombreux talents, qui ont marqué depuis le Hip-Hop, comme Jay-Z, Notorious B.I.G ou encore le Wu-Tang Clan. Mais l’un des rappeurs les plus mémorables de cette émission était Big L, artiste originaire d’Harlem, tragiquement décédé en 1999. Big L est depuis considéré comme « un rappeur de rappeur », autrement dit un rappeur technique, concevant son art sans le dénaturer, représentant sa culture et ayant une connaissance pointue du Hip-Hop.

De nos jours, ce type de rappeur semble se faire rare ou absent à l’image de Dany Dan, mais la relève est assurée par Alpha Wann, considéré par son Entourage comme le meilleur rappeur du crew. Après sa trilogie d’EPs intitulée Alph Lauren, le rappeur parisien nous a proposé son premier album studio : Une Main Lave l’Autre, qui recueille de très bonnes critiques depuis sa sortie, et qui tourne en boucle dans les iPhone de la rédaction. Voici par conséquence, notre Top 5 d’UMLA, un projet à la hauteur de l’attente.

Note du rédacteur : les morceaux sont classés en fonction de l’ordre de la tracklist.
01. « CASCADE (REMIX) »

Dès les premières notes légères posées par le producteur Diabi, une atmosphère planante s’installe avant qu’Alpha Wann ne déploie son flow pour poser un refrain percutant. Philly Phaal jongle avec les mots et les liasses de billets, en n’oubliant pas de tacler la radio Skyrock, faisant écho aux sales propos concernant sa musique, tenus par Laurent Bouneau. Au-delà de ses références à ses différents crews, 1995 et l’Entourage, le rappeur évoque également l’un des pontes du Rap US, à savoir Russell Simmons, co-fondateur du légendaire label Def Jam Records.

Mais au-delà de ses références, Alpha Wann revient sur ses échecs, dont son passage au Rap Contenders, lorsqu’il n’avait pas assuré aux côtés de Nekfeu face à leurs rivaux Québécois. Il revient aussi sur les projets de sa team 1995, qu’il déconsidère aujourd’hui, malgré les tournées et le succès de la plupart de ses membres. Notre rappeur a pris du temps pour considérer le rap comme un travail, le concevoir plus sérieusement et nous revenir encore plus fort.

02. « LANGAGE CRYPTÉ »

Produit une nouvelle fois par Diabi, beatmaker proche de Don Dada Records, ce titre est composé en deux parties sonores séparées par un bruitage de zapping, également très présent sur le dernier album de Tory Lanez intitulé MEMORIES DON’T DIE. Alpha ne se pose pas en sauveur mais simplement en rappeur, disposant seulement des vingt consonnes et six voyelles qui forment l’alphabet, pour passer ses messages et surtout s’amuser en crachant du feu sur ses détracteurs.

Pour effectuer la transition entre les deux parties, la voix que nous avions découvert en introduction du premier single « STUPÉFIANT ET NOIR » est de nouveau utilisée. Alpha Wann n’a pas souhaité révéler l’identité de ce monsieur désabusé par la société et prônant l’amour et le partage, mais déclare s’être inspiré de certains albums qui l’ont marqué et qui utilisaient des voix pour poser une ambiance ou lier plusieurs morceaux, à la manière de l’animatrice de radio sur l’album Muddy Waters, troisième projet de Redman.

03. « POUR CELLES »

Souvent, la presse spécialisée reprochait à Alpha Wann de ne pas assez se livrer, préférant l’égotrip à l’introspection. Mais sur Une Main Lave l’Autre, le rappeur s’est davantage exprimé sur sa vie et notamment sur son rapport aux femmes avec le morceau « POUR CELLES », nous ramenant d’abord à l’époque du collège, en quatrième plus précisément. Alpha évoque son manque de succès auprès des filles, comme beaucoup d’adolescents à cette époque, qui observent leurs potes serrer, alors qu’ils n’ont que « madame cinq doigts » pour s’amuser.

Le rappeur parisien pose un refrain à la limite du nostalgique mais aussi revanchard, lui qui aujourd’hui est perçu comme un player. S’ensuit un couplet dédié à sa période lycéenne, où nous retrouvons le jeune Phaal sapé en mode cainri, baggys et Timberland. Bien qu’il soit en phase avec la mode de l’époque, les femmes ne le calculaient toujours pas, me renvoyant alors à mon propre vécu. Avant de découvrir le sexe, Alpha fuma son premier joint, un plaisir qui grandira avec le temps et qui planera sur l’ensemble de ses projets. Enfin, il finit par fréquenter une fille durant cinq ans, avant de tout gâcher, préférant les relations temporaires, faisant ainsi écho à son discours dans le morceau « Vortex », extrait d’Alph Lauren 2.

04. « ÇA VA ENSEMBLE »

Après nous avoir marqué avec son premier single et le beau clip de « STUPÉFIANT ET NOIR », notre MC nous a proposé le visuel de la première partie de son morceau « ÇA VA ENSEMBLE », qui était le plus vieux titre de l’album, puisqu’enregistré en 2016. Mais ce morceau est en réalité composé de deux parties aux ambiances très différentes, signées par Hologram Lo’ et VM The Don. Ce qui nous marque dans un premier temps, c’est le thème pleinement exploité par le rappeur qui fait un tour d’horizon des choses qui vont ensemble, globalement légères comme « la sauce et le riz » ou plus dérangeantes comme « l’esclavage et les colonies ».

Démarre alors la seconde instrumentale, Flingue crache du fuego, enchaînant les punchlines ego-trip, et envoie des pics aux fake rappeurs et aux flics mais pense aussi aux pures talents du game. Ainsi, il cite les rappeurs de l’ancienne école comme Lavokato, Arsenik, 2Pac et Biggie. Enfin, il shout out Prince Waly, un excellent MC de la nouvelle école qui partage aussi l’amour du Hip-Hop des années 90 et avec lequel il a déjà posé en 2013, sur « Rov Or Benz ». Un titre marquant, tant pour le fond que la forme et qui représente l’univers d’Alpha Wann, plein de flow et de belles références.

05. « FUGEES » (Feat.Diabi)

Ambiance très nostalgique pour le titre « FUGEES », faisant référence à un groupe certainement peu connu de la génération Y, qui nous renvoie aux belles années 90, lorsqu’Alpha et moi étions gosses. Diabi délaisse les consoles pour passer derrière le mic et poser un refrain enfumé qui colle parfaitement à l’ambiance et introduit Alpha Wann. Sur une production d’AAyhasis, notre MC revient sur ses erreurs et ses regrets, avec un flow teintée de tristesse.

Le rappeur évoque ses parents qu’il semble avoir déçu et relie ses erreurs à sa consommation de shit, comme s’il aurait pu faire les choses de manière plus sensée, si seulement il avait moins fumé et donc conservé tous ses neurones. La fille évoquée dans le titre « POUR CELLES » est au coeur de son second couplet, Phaal se pose ici en homme blessé qui aurait dû mieux traiter l’élu de son coeur plutôt que de disparaître dans les soirées bondées de filles faciles. Devenir un meilleur fils, un meilleur frère et un meilleur homme, voici les aspirations d’Alpha Wann, très éloigné des pré-occupations commerciales qui animent les réseaux-sociaux.

Romain C. Draper
Fondateur & Rédacteur en Chef. En primaire, j'ai troqué mon goûter contre l'album "Première Consultation" de Doc Gynéco. Depuis je suis accroc au Rap.