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Focus :
Kanye West est-il encore le génie du début des années 2000 ?
28.09.18
Kanye West est-il encore le génie du début des années 2000 ?
UN EXEMPLE DE PRODUCTIVITÉ

En 2001, Kanye West commence doucement mais sûrement à se faire connaître du grand public en produisant les titres « Izzo (H.O.V.A) », « Heart Of The City (Ain’t No Love) » et « Never Change » sur le classique album de Jay-Z, The Blueprint. 17 ans plus tard, le natif de Chicago est l’un des producteurs les plus reconnus, admirés et respectés de tous les temps, au  même titre que de grands noms du Hip-Hop tels que No I.D, J. Dilla ou encore Timbaland. Après plus d’une vingtaine d’années de carrière, il serait bien présomptueux de notre part de croire que Mr. West ait dit son dernier mot, en effet ce dernier était aux commandes de 5 sorties d’albums cette année !

Le très attendu NASIR du légendaire Nas ainsi que quatre albums signés G.O.O.D Music, respectivement Daytona du NewYorkais Pusha T, Ye, le 8ème album solo de Kanye, Kids See Ghost en duo avec Kid Cudi, son ami de toujours, et K.T.S.E de la rayonnante Teyana Taylor. Ainsi, quoi que l’on pense de la musique de Kanye, nul ne saurait nier l’exemplarité de son travail acharné et de sa productivité hors-pair depuis le début du siècle jusqu’à l’année qui vit la France remporter sa seconde coupe du monde. Rentrons donc au coeur de la tempête de créativité qui s’est abattu sur le Wyoming lorsque l’auteur de Late Registration s’y trouvait.

CINQ PROJETS, CINQ RENOUVELLEMENTS SONORES

Quoi de plus important pour un artiste, et un producteur musical qui plus est, que de se renouveler ? Rien sans doute, et ça notre cher Kanye Omari West l’a bien compris. C’est cette vision artistique mêlée à la soif du dépassement de soit qui lui permit de proposer cinq couleurs musicales distinctes sur les projets produits par ses soins.

Nous avons donc une pâte plus orientée « old-school » sur l’album de Nas,  une exploitation marquée de sonorités R&B et Soul sur celui de Teyana Taylor, un concept-album orienté électro-psychédélique avec Kids See Ghost, une gamme multicolore de sonorités diverses et variées sur Ye et un assemblage de productions sombres très adaptées au kickage plus classique sur Daytona. Kanye prouve donc une fois de plus sa polyvalence artistique au public rap et à ses détracteurs.

UNE OSMOSE MUSICALE SYSTÉMATIQUE

Kanye est un acteur majeur de la scène US depuis le début des années 2000, il connait son métier. Lorsque l’auteur d’Illmatic s’accorde avec Kanye pour réaliser son 11ème album studio, l’ancien protégé de Hov sait quelle palette de productions lui proposer pour un rendu musical en cohérence avec son univers. N’oublions pas que Kanye et Nas, 12 ans avant la sortie de Nasir avaient déjà travaillé ensemble, notamment sur les titres « Still Dreaming » et « Let There Be Right » présents sur Hip-Hop Is Dead. Quand aux 4 autres sorties dont il est question, toutes s’inscrivent dans la discographie d’artistes G.O.O.D Music, le label fondé par Kanye en 2004.

Il est donc tout à fait normal que ce dernier s’adapte sans difficulté à leurs univers respectifs, le travail commun entre lui et ses artistes étant habituel. Daytona est une suite logique du projet King Push – Darkest Before Dawn : The Prelude sorti en 2015, il en va de même pour K.T.S.E suivant VII paru 4 ans plus tôt. En ce qui concerne Kids See Ghost, c’est à peu près la même chose puisque Ye et Cudder se connaissent depuis des années et ont toujours travaillé ensemble. Kanye au cours d’une seule année a donc une nouvelle fois su démontrer toute l’étendue de son génie en produisant 5 albums variés mais cohérents vis à vis des univers respectifs des artistes avec qui il travaille.

20 ANS DE CARRIÈRE, UNE EFFICACITÉ QUI NE S’ESSOUFFLE JAMAIS

« Jesus Walks », « Touch The Sky », « Stronger », « Power » ou bien encore « Black Skinhead » sont des hits sans précédent ayant transcendé l’auditoire Rap à travers le globe. Leur impact sur la musique et la culture est sans pareil. On conviendra que Kanye a toujours su faire de la musique efficace, touchant aussi bien les puristes que les « auditeurs du dimanche ». En 2018, Mr. West est à la production des « Reborn », « Yikes » et autres « Infrared », pour prendre trois exemples. Ces morceaux ont tout autant su susciter l’intérêt, l’admiration et la fascination du public qu’auparavant.

Certes, la production n’est pas le seul facteur favorable à l’impact de ces morceaux sur le paysage musical, mais force est de constater qu’elle n’en reste pas moins l’un des plus déterminants. Kanye, en poussant l’idée de base du son à son paroxysme, jusqu’à en ressentir les effets dans la moindre note, – comme la nostalgie et la mélancolie sur « Reborn » pour ne prendre qu’un exemple – démontre donc une fois de plus que son talent de production sans faille n’a pas prit une ride.

L’EXPÉRIENCE, UN AGENT UTILE À LA RÉALISATION ARTISTIQUE

L’oreille musicale, cette aptitude si utile voire bien souvent indispensable à la réalisation d’un bon morceau… comment l’acquérir ? La réponse paraît d’une banalité accablante et pourtant elle est véridique, il faut écouter de la musique en abondance, et de tous styles. Se construire une culture musicale pointue pour que l’oreille se forme et ainsi être capable de distinguer ce qu’il est bon ou non de faire sur un titre. Ces puissants agents, nous savons que Kanye en dispose depuis des années. En outre il me semble certes problématique, mais compréhensible, de dire par exemple, que Kanye West est probablement le producteur le plus adroit et ingénieux de l’histoire du Rap en ce qui concerne la maitrise du sample.

Sa culture du Funk et de la Soul, entre autre, suppléée à son talent de production hors du commun lui ont permit de délivrer de magnifiques chefs-d’oeuvres au cours de ses années de carrière. Qu’il s’agisse d’« I Wonder » sorti il y a 11 ans, reprenant le somptueux « My Song » de Labi Siffre, ou de « Gonna Love Me » sorti il y a 3 mois, dont le hook se base sur l’air du morceau « I Gave To You » du fameux groupe de Soul des seventies The Delfonics, Kanye a toujours su mettre en évidence son héritage culturel à travers ses titres ou les titres qu’il produit. C’est probablement ce que je préfère dans sa musique et c’est ce qui nous permet de dire de manière assez objective que le Kanye West de 2018 n’a en rien perdu de sa superbe.

LE PRODUCTEUR DE L’ANNÉE ?

Quelque soit la réponse que j’apporterai à cette question, il y aura forcément des gens pour me contredire. Voici néanmoins ce que j’en pense. Kanye est aux manettes de cinq albums sortis cette année, comme je l’ai rappelé de multiples fois au cours de l’article. Ces 5 projets sonnent tous différemment les uns des autres, que ce soit au niveau des sonorités, de l’atmosphère, ou même des techniques de production utilisées. L’instrumentalisation globale des projets soumis à notre analyse est toujours en symbiose absolue avec la « lane » habituelle des artistes. Enfin, la qualité de chacun de ces albums est, à mon sens, irréprochable du point de vue musical.

Notons cependant que Nas n’a pas obtenu de ventes et de retours à la hauteur de la qualité de son album, et que Tayana quand à elle n’est qu’en début de carrière et n’a par conséquent pas connu le succès tonitruant des plus grandes stars de la Pop et du R&B. Malgré cela, n’oublions pas qu’allier succès commercial et succès d’estime est un travail de longue haleine que seuls les perfectionnistes arrivent à entreprendre. Kanye est un initié, « we the rockstars » disait-il en interview il y a 5 ans. Le succès et la gloire sont les conséquences de son oeuvre, des conséquences qu’il connait maintenant depuis un nombre considérable d’années. La musique qu’il a sorti cette année embelli encore son CV de producteur, et nous sommes sûre que cet homme à l’égo aussi surdimensionné que les hanches de sa femme, n’a pas dit son dernier mot.

Ellys Maeder
Durant mon enfance, mes parents me bercent de musique cubaine, de rock, de soul et de jazz. À 13 ans je découvre le rap. La musique a béni ma vie.