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Dinos : Le Top 5 de son album « Imany »
30.04.18
Dinos : Le Top 5 de son album « Imany »
La patience est une vertu

A seulement une semaine d’intervalle, le rappeur américain J.Cole et le français Dinos nous ont proposé leurs albums : KOD et Imany. Au-delà de ce calendrier, nous pouvons également lier ces deux artistes à travers leur parcours respectifs. Bien que Jermaine Cole ait démarré sa carrière en 2007, ce n’est que sept ans plus tard, qu’il conçoit son projet majeur : 2014 Forest Hill Drive, éloigné des codes du Rap de kickeur et des tendances de la Trap. Ce projet nous dévoile un artiste sensible et poétique, qui prit du temps pour mûrir son art et développer son univers musical, loin de l’identité du label Roc Nation, fondé par son idole et mentor Jay-Z.

Ce temps d’orientation et de création musicale, fut également nécessaire à Dinosex-punchlinovic,  pour nous proposer son nouvel album intitulé Imany, qui s’impose dès les premiers titres comme l’un des projets majeurs du Rap français en 2018. Encadré par son manager Oumar Samaké et marqué par les désillusions de l’industrie et ses peines personnelles, Jules Jomby a bien musclé son flow depuis son premier projet L’Alchimiste sorti en 2013. Voici notre Top 5 des meilleurs morceaux de son album Imany, qui marquera à minima sa carrière et certainement le Hip-Hop.

"Argentique"

Depuis le début de sa carrière Dinos, a marqué le public avec sa nonchalance. Un trait de caractère dont il ne s’est pas totalement défait, comme le prouve ses paroles au début du morceau « Argentique » produit par Twenty 9 qui signe quatre autres morceaux d’Imany. Sur un air aérien, Dinos alterne entre rap et chant pour nous partager ses nouvelles ambitions : celle de faire fortune et de pouvoir disparaître à Dubaï ou Los Angeles, loin de la grisaille de la Courneuve.

Dinos chante en faisant référence à Metro Boomin et à Ruff Ryders, tout en évoquant des endroits sombres ou synonyme de galère comme la salle de shoot de la Chapelle et le magasin Nike de Châtelet. Ce titre n’est donc pas conçu pour valoriser la finesse de sa plume mais pour contraster avec l’image de kickeur que notre rappeur traîne sur ses épaules depuis les Rap Contenders. Un morceau à écouter à bord d’une belle Mercedes ou d’une moto Ducati, sans se faire flasher bien entendu.

"Hiver 2004"

Dinos s’éloigne des rues de Châtelet pour nous entraîner dans son quartier de la Courneuve. Nous sommes en 2004 et contrairement à Game Of Thrones, l’hiver est déjà là. Twenty 9 compose également cette instrumentale, sur laquelle le rappeur pose son flow, flirtant avec la déprime. Un sentiment qui nous est également transmis à travers ses écrits, qui illustrent son quotidien en bas ou à l’intérieur des tours.

Le rappeur âgé de 25 ans revient donc sur certains faits marquants de son enfance comme lorsque son père quitta le foyer familial ou lorsqu’il pleurait secrètement, se sentant désarmé face aux épreuves que rencontrait sa mère. Dinos se pose en narrateur de la rue et non en acteur, comme il le revendique dans son refrain : « Je suis le quartier mais pas la rue ». Un rôle éloigné de celui joué par Booba, cité ou reprit à plusieurs reprises sur ce projet, comme dans le titre introductif : « Iceberg Slim ».

"Helsinki" (Feat.Yseult)

Comme B2O, Dinos est occupé et renvoie son ex-copine sur sa boite vocale. Le rappeur interprète cette dernière sur ce morceau, en illustrant les trois sentiments qui l’habitent suite à leur séparation : la tristesse, la résignation et la rancoeur. Plusieurs petits détails de cette relation passée nous sont également partagés, comme des projets fantasmés de bébé ou de pop-corn dévorés avant une séance de cinéma. La chanteuse Yseult accompagne une nouvelle fois le rappeur, sur un refrain chanté et froid comme le climat de la ville Finlandaise.

Le rappeur de la Courneuve a travaillé avec attention le sequencing d’Imany, en le découpant par tranches de vie : un sentiment de revanche et d’orgueil plane sur le début du projet alors qu’avec « Helsinki » et « Quelqu’un De Mieux », le MC évoque ses imperfections et nous plonge dans une période de sa vie sombre et pleine de doutes.

"Bloody Mary" (Feat.Youssoupha)

Sur une production de Machinist, notre MC continue de s’enfoncer dans la pénombre aux côtés de Youssoupha qui prépare certainement son retour, après avoir posé aux côtés de Médine et de Kery James sur « #PLMV ». Résigné, Dinos balance sa colère, porté par son âme qui « pourrit la nuit » et par une rancoeur certaine liée aux dérives de la France, des médias et de l’évolution de la musique. Un état d’esprit que l’on peut également retrouver dans le dernier album de J. Cole.

Le Lyriciste Bantou démarre au quart de tour et confirme qu’il a toujours sa place dans le Top 4 des plus belles plûmes du Rap français. Comme à son habitude, il intègre à ses phases des mots rarement employés dans la musique, comme le terme « laconique » et nous renvoie à nos pêchés à coups de punchlines salvatrices. La combinaison entre les deux rappeurs semble naturelle et demeure la meilleure de l’album, loin de l’ambiance brumeuse de « Beuh Et Liqueurs » sur lequel Joke s’emploie au Mumble Rap.

"Les Pleurs Du Mal"

Comment ne pas intégrer à notre Top 5 ce morceau magnifiquement mélancolique ?! Dinos démarre en corrigeant sa première phase comme si il avait enregistré ce titre de cinq minutes en une seule prise. Toujours désabusé, le rappeur reprend le thème des Fleurs Du Mal de Baudelaire qui critiquait dans ses poèmes la société et ses paradoxes. La production envoutante portée par ses notes de piano est signée par BBP, le beatmaker auteur du nostalgique « Bambina » du duo PNL.

Dinos traite avec maturité plusieurs sujets comme l’hypocrisie française face à la religion, les limites du communautarisme ou encore le quotidien du peuple d’en bas, où huissiers et mères combatives s’affrontent. Un extrait d’un interview de Youssou N’Dour conclue ce titre en dénonçant l’image erronée de la France vis à vis du peuple africain. Loin des beaux discours, Dinos reste vrai et trace son chemin, fatigué par les rouages de l’industrie musicale et par les dictats de la société contemporaine.

Romain C. Draper
Fondateur & Rédacteur en Chef. En primaire, j'ai troqué mon goûter contre l'album "Première Consultation" de Doc Gynéco. Depuis je suis accroc au Rap.