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Stranger Sings : Loud, le rappeur Québéquois
12.02.18
Stranger Sings : Loud, le rappeur Québéquois
la première légende du Rap Québécois

A Ahuntsic, en 2011 Montréal – Québec. Lorsque Yan Payroll a.k.a. Loud, rencontre Larry Kidd à 17 ans sur les bancs du lycée, c’est le coup de foudre musical. Les deux adolescents passent des heures à écouter du Rap Américain avant de s’essayer au mic et de sortir leur première mixtape. Leur rencontre avec le producteur A-Just et le Directeur Artistique Will, les entrainent dans une autre dimension. Sous le nom de Loud Lary Ajust le groupe conçoit en 2012 son premier album intitulé Gullywood, en référence aux belles rues d’Hollywood et à la saleté de leur quartier.

Par la suite, il enchaîne plusieurs projets : un album de remix, les EP Ô Mon Dieu et Blue Volvo avant de se séparer en 2016, malgré un succès commercial et critique. Loud alors attiré par d’autres horizons musicaux, participe d’abord aux battles Word Up avant de débuter sa carrière solo et prendre son temps pour concevoir un album « complet » afin de devenir la première légende du Rap Québécois.

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Une scène en berne

Un célèbre adage dit ceci : « celui qui ne sait pas d’où il vient, ne peut pas savoir où il va ». Loud déclare concernant la scène du Rap Québécois, n’avoir aucun repère et considère qu’aucune véritable légende n’a su « durer dans le temps ». Une analyse plutôt objective, si l’on se renseigne davantage. Le Hip-Hop s’est installé dans cette province au début des années 80, porté par des pionniers comme Andrew Carr et Mike Williams avant de séduire un plus grand public une dizaine d’années plus tard. Le groupe Mouvement Rap Francophone composé de Kool Rock et de Jay Tee en est le parfait représentant avec leur titre à succès « MRF », qui leur permit de faire la première partie du légendaire Ice T et de Public Enemy.

Bien que plusieurs artistes apparurent, que des médias spécialisés furent créés comme 24K ou Influence et que la radio underground Kachot fit briller une jeune génération séduite par ce nouveau genre musical, le Hip-Hop eut du mal à s’installer comme un mouvement influent, perdant même quelques uns de ses flows à travers le temps. La relève s’est naturellement orientée vers des artistes Américains à l’image de Loud, qui présente souvent Jay-Z et son classic Blueprint, comme une référence qui a énormément compté dans la composition de son univers musical.

L'ambition d'un grand

Après la séparation de son groupe Loud Lary Ajust, le rappeur Québécois a travaillé durant un an en compagnie de William Fradette, son « partenaire créatif » pour concevoir son premier EP intitulé New Phone. Signé sur le label Joy Ride RecordsLoud se présente à la France le 27 avril 2017 avec le single « 56K », produit par Roméo & Fils et marque les esprits avec son accent et ses rimes franglaises. Le clip tourné en plan-séquence nous dévoile également un artiste à l’aise devant la caméra, qui passe fièrement devant un portait de P. Diddy et s’amuse à danser sous les ailes de jets privés.

Sa référence à Shurik’n touche également la corde sensible des amoureux du Rap Français. Loud déclarera d’ailleurs au micro de La Sauce, que le groupe IAM fut sa première rencontre avec notre musique, qu’il suit depuis, avec plus ou moins d’intérêt. En référence, il cite évidemment Booba, son acolyte Damso, le rookie Josman et le rappeur préféré de ton rappeur préféré : Le Rat Luciano. Durant les quatre morceaux qui composent New Phone, le rappeur nous séduit en trouvant un juste équilibre entre égo-trip et introspection, porté par l’ambition de toucher un grand public sans pour autant dénaturer son art.

Une Année Record

Seulement sept mois après avoir diffusé son EP, le jeune et ambitieux Loud nous est revenu avec un premier album de 10 titres, justement intitulé Une Année Record. Une nouvelle fois son influence New-Yorkaise et son flow singulier nous transporte loin des sonorités de la Trap, devenue Pop moderne. Son écriture nous fait sourire et nous touche tout en conservant une cohérence et en abordant des thématiques communes à celles de ses concurrents : le rêve de star, la richesse et les femmes. Son rapport à la gente féminine constitue d’ailleurs une part importante de son univers, qu’il exploite sous différentes formes, de la déception à la vanité.

Il nous en parle d’ailleurs plus longuement sur l’aérien « SWG », en collaboration avec son ancien camarade Lary Kidd et sur le titre hédoniste : « Toutes Les Femmes Savent Danser ». Le rappeur avouera plus tard que le regard des femmes est l’une des raisons qui l’ont poussé à prendre le micro. Avec le Rap, Loud souhaitait donc résoudre une simple équation : succès = fortune = femmes. Mais son attrait pour le Hip-Hop semble plus profond, comme il le démontre sur son titre éponyme « Une Année Record », fortement inspiré de « Dear Summer », génial morceau de Jigga.

Jamais switch ni pivoté

Comme Frédéric Beigbder, le rappeur Loud rêve d’une vie éternelle afin de compter parmi les nouveaux riches et pouvoir imposer durablement le Québec sur le paysage du Rap. Avant son arrivée, tous les yeux étaient rivés sur la Belgique mais depuis Yan Payroll semble changer la donne et attirer une large audience comme le démontre sa dernière venue à l’émission C A Vous, aux côtés de l’acteur Pierre Niney.

On apprend durant son entrevue, que certains labels lui ont conseillé de gommer son accent Québécois craignant que la France ne le rejette. Mais Loud n’est pas le genre d’artiste à « pivoter » et a saisi sa chance, porté par un interêt grandissant pour le Rap Francophone. Il a récemment retourné durant deux concerts la salle de la Boule Noire à Paris, nul doute qu’il reviendra encore plus fort et peut-être en compagnie d’autres Québécois. Français, Françaises, un conseil mettez vous vite à la Poutine !

Romain C. Draper
Fondateur & Rédacteur en Chef. En primaire, j'ai troqué mon goûter contre l'album "Première Consultation" de Doc Gynéco. Depuis je suis accroc au Rap.