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Ma rencontre avec le téléchargement illégal
22.03.17
Ma rencontre avec le téléchargement illégal
Unsplash (luca-bravo)
Introduction

Au début du mois de Février j’ai reçu une lettre d’Hadopi, l’autorité dédié à la protection des oeuvres sur Internet, m’annonçant avoir détecté des téléchargement illégaux sur ma ligne.

Ma copine surprise et angoissée par cet avertissement me demanda de ne plus jamais télécharger illégalement pour éviter toute menace judiciaire.

Il faut dire que nous n’avons pas la même vision du téléchargement illégal. Pour elle, il s’agit avant tout de pouvoir regarder des films sans dépenser 10 euros au cinéma. Pour moi, télécharger m’a permis de développer une large culture musicale, diversifier mes goûts et dénicher les chutes d’albums que vos artistes préférés ont uniquement destiné à la corbeille de leur ordinateur.

En lisant cette lettre, je repensais alors avec nostalgie à la première fois que j’ai écouté un album sans l’avoir payé, il y a plus de 12 ans.

Numerama
Mon meilleur ami, ce pirate

Durant le collègue je passais la plupart de mon temps libre chez mon meilleur ami de l’époque. Lorsque je suis entré dans sa chambre la première fois, j’ai découvert un équipement hors du commun pour un ado de 14 ans: un ordinateur construit sur mesure tournait H-24, une Playstation 1 était customisée et dotée d’une puce, des jeux gravés étaient empilés et un immense écran de télévision surplombait le tout. En comparaison à ma petite chambre équipée d’une chaîne hi-hi et d’un clic-clac, c’était le paradis.

Mon ami avait beau avoir une cinquantaine de jeux-vidéo allant de Tekken à Crash Bandicoot, notre attention se focalisait sur son ordinateur et sur les possibilités qu’offrait Internet.

De mon côté, le web ne me servait qu’à lire des articles publiés sur l’ancêtre des blogs, envoyer des wizz à mes potes sur MSN Messenger ou tchatter avec des inconnus sur le site de Skyrock.

Mon pote lui s’amusait à collectionner des centaines de fichiers téléchargés illégalement sur Internet, majoritairement sur Emule, allant des derniers films aux derniers albums de musique.

En découvrant son dossier “Téléchargements” c’était comme si j’ouvrais les yeux pour la première fois.

Hooper
Mon premier téléchargement

Durant 3 ans, à chaque fois que je revenais chez lui je ramenais une liste de chansons que j’avais pu entendre à la radio ou découvrir en clip sur MTV Base. A sa grande exaspération, je passais une heure à tout télécharger sur mon lecteur mp3, jusqu’à ce qu’il m’interdise l’accès à son PC et me force à télécharger sur celui de mes parents.

Je me suis alors rendu sur Internet après avoir reçu l’accord de l’autorité parentale et tapais la recherche Google qui allait tout changer: “hip hop mp3 download”. En cliquant sur le premier lien d’un site qui a depuis fermé, R.I.P, je me sentais à la fois coupable et libre.

En déroulant la liste des albums de Hip-Hop dont la moitié m’était encore inconnue, je tombais sur The Massacre de 50 Cent. Comment cet album pouvait être en téléchargement alors qu’il n’était pas encore sorti en magasin ?! Sceptique, je téléchargeais la première piste.

Au bout de 5 minutes d’attente, le fichier mp3 apparut sur mon bureau, je le lançais dans mon lecteur Winamp, R.I.P encore, et entrais au même moment dans l’illégalité.

Mon rituel

A chaque téléchargement d’album, j’attendais d’avoir imprimé la pochette et parfois même le livret avant de pouvoir l’écouter. Très vite, je dépassait la dizaine d’albums à écouter et passais des nuits blanches en compagnie des rappeurs de Roc A Fella, du G-Unit ou de Death Row.

Durant mon « braquage » musical, je me suis fixé un principe: celui d’acheter chaque bon album. Je suis d’ailleurs certain d’avoir rapporté plus d’argent aux maisons de disques que la plupart des zoneurs de Virgin, R.I.P encore une fois, et disposais d’une meilleure collection que celle proposée par la Fnac dont le rayon « Hip-Hop » est toujours aussi révoltant voire inexistant.

Sans le téléchargement illégal, je n’aurais jamais développé un amour aussi profond pour le rap. Grâce à lui j’ai pu découvrir les centaines de featurings de Lil Wayne enregistrés avant qu’il n’explose avec Carter III, écouter d’affilée tous les albums de Jay-Z ou encore faire mes propres playlists composées des musiques de Drake, jamais sorti en magasin ou en streaming.

 

Mes adieux

Pour le jeune curieux et passionné que j’étais, Internet et le téléchargement illégal représentaient une richesse infinie et un refuge.

Aujourd’hui, le streaming offre davantage de pouvoir aux auditeurs. Pour une somme correcte, nous disposons d’un catalogue immense et constamment enrichi que nous personnalisons au gré de nos écoutes et de notre humeur.

Il est donc temps pour moi de mettre un terme à cette partie de ma vie qui jusqu’à cet article m’a tant apporté.

Giphy
Romain C. Draper
Fondateur & Rédacteur en Chef. En primaire, j'ai troqué mon goûter contre l'album "Première Consultation" de Doc Gynéco. Depuis je suis accroc au Rap.