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Dave East – Le Nouveau Flow d’Harlem
08.03.17
Dave East – Le Nouveau Flow d’Harlem
Type Of Time Clip
Introduction

L’année 2016 avait bien commencé, un mois à peine s’était écoulé que je recevais déjà une claque musicale : celle de Trey Songz et son morceau “Everybody Say”, produit par le prolifique DJ Drama. La manière dont pose Trigga sur ce classique, est celle d’un crooner au flow mi-rapé mi-chanté qui se fond sur chaque basse et qui balance des punchlines dignes d’Alain Delon : “Je vais direct m’acheter une Rolls, sans emprunter à la banque, car mon fric ne cesse d’augmenter”. Ok Trey, on a compris tu pèse.

Le pont construit génialement sur un envoûtant riff de guitare vient sublimer le morceau et permet à Drama d’introduire la nouvelle sensation d’Harlem : Dave East.

Jusqu’ici ce nom ne me disait rien, mais son flow passé m’a tout de suite convaincu. Le rappeur a su ramener un côté street sur cette mélodie destinée aux clubs, tout en nous exposant sa technique et la dextérité de son phrasé. Deux qualités qui par le passé, l’ont presque conduit à un autre domaine que le rap.

Un micro et quelques balles

Dave East né David Brewster Junior, voit le jour dans le quartier hispanique d’Harlem nommé également El Barrio en 1988 alors que toutes les fenêtres crachaient le son de Rob Base: “It Takes Two” et que 7 buildings prenaient feu, faisant plus de 40 sans abris.  

Il grandit dans un univers plein de tensions et de pauvreté, dont le deal et le basket étaient les seules portes de sorties pour un gosse qui errait librement la nuit, pendant que sa mère célibataire travaillait. Une histoire tragiquement classique pour Harlem.

Dès ses 15 ans East se met à dealer, prenant en exemple Richard Porter, un légendaire dealer de crack des années 80 qui pouvait se faire jusqu’à 50 000 $ par semaine. En 2002 son histoire fut portée à l’écran avec le film Paid In Full, dont le casting était composé de Mekhi Phifer et du rappeur d’Harlem: Cam’Ron, grande influence rap du jeune David.

“I was born in the summer, Malick died in the summer”

En parallèle de ses activités illicites, East continue d’aller en cours et est accepté à la fac grâce à ses talents de basketteur. Il y joue avec la future star de NBA: Kevin Durant au sein du club amateur Athletic Union et se fait repérer par des agents sportifs. Tiraillé entre sa passion pour le basket et le rap, il choisit finalement la musique et investit son argent gagné grâce au trafic de drogue dans l’enregistrement de sa première mixtape.

Alternant entre l’obscurité des rues et celle des studios, East développe un flow technique au style brut et se fait remarquer par sa manière de conter son quotidien poignant tout en décrivant la rue avec une réelle noirceur, nous rappelant alors Nas époque Illmatic.

Mais la rue finit par dépasser ses écrits: son cousin Malick est assasiné. Un événement qui marqua sa vie et naturellement son rap qu’il utilise pour le rendre éternel comme dans son morceau « I’ll Do Anything »:

 You tatted on my hands so when they meeting me, they meeting you”.

Nasir & David

En 4 ans, East sort 7 mixtapes et attire l’attention de certains piliers du rap New-Yorkais comme DJ Kay Slay, qui a collaboré avec Nas, les Dipset, D-Block ou encore Fat Joe.

“Before the Nas cosign, we was stuck in the projects”

East développe son réseau aussi bien en club que dans la rue où il se lie d’amitié avec le plus jeune frère de Nas, qui met les deux rappeurs en contact. La légende écoute le rookie et décide de le signer sur son propre label Mass Appeal Records, en déclarant qu’il n’avait pas entendu un tel flow depuis longtemps en provenance de New-York.

Instagram

Sa mixtape Black Rose sort en 2014 sur le label de Nasty Nas et lui apportent un succès d’estime, considéré comme l’avenir de la grande pomme par le célèbre magazine The Source. La tape est également soutenue par différents singles clipés comme l’énergique “The Offering”, sur lequel il apparaît déterminé en revenant sur ses premières punchlines en mode “attends, efface ça, j’ai encore mieux”.

Dans ce clip on découvre East, géant fils d’Harlem décomplexé au style vestimentaire certifié New-York-City, des Air Jordan année 90 aux pieds. Il y rappe la violence de son quartier, faisant référence au célèbre film de Jim Carrey prétendant qu’il portait lui aussi un masque mais qu’il s’en servait pour aller braquer.

East continue de développer sa notoriété en enchaînant les featurings, ne se limitant pas à la scène New-Yorkaise, puisqu’il a collaboré avec Game, Nipsey Hussle ou encore Meek Mill.

A la même période il lance sa série Mix East, reprenant alors les morceaux du moments de “0 to 100’”, à “Panda” en passant par “All The Way Up” du gros Joe.

Taille XXL

En 2015, East sort sa huitième mixtape : Hate Me Now, qui se veut axé plus égo-trip, au luxe fantasmé par le rookie qui aspire à la réussite, la richesse et la belle vie. Rien de neuf sous le soleil du hip-hop.

Pour cette dernière tape le rappeur s’entoure de la meilleure moitié des Clipse:  Pusha T pour dépeindre son passé de dealer sur le soulful “I Can’t Complain” et son quotidien devenu plus luxueux au côté de son mentor Nas sur “Forbes List”.

East varie avec justesse les univers sur “HMN”, mais excelle particulièrement dans sa capacité à kicker en solo sur des basses lourdes comme sur le morceau “KD” (en dédicace à son ex-coéquipier basketteur), dont l’instru fait penser au bruit agressif des rails usés par le métro New-Yorkais.

Depuis les premières mixtapes du MC, on découvre son attrait pour le cinéma, comme sur “HMN” sur laquelle on retrouve quelques références : Nino du film New Jack City, Eli dans Le livre d’Eli, Manolo de Scarface et même les jumelles de la sitcom old school  Sister Sister.

Tel un acteur en herbe, East s’amuse d’ailleurs à rejouer le film Volte Face (John Travolta vs Nicolas Cage) aux côtés de Fabolous, avec qui il échange son visage et des punchlines sur un sampe de Lana Del Rey. MUST SEE.

“I see myself in five years, rich nigga, fuck you think, Forbes List”

Lorsqu’un média américain lui demande comment il se voit dans 5 ans, il pense obtenir un oscar et créer sa marque de vêtements.

East fait parti de cette nouvelle génération de rappeurs qui deviennent des stars mondiales sans l’aide d’une grande Major, qu’on érige en icônes du luxe et qui se convertissent facilement en acteurs ou en business men.

Mais avant de brandir une statuette dorée, il va devoir nous prouver qu’il est le nouveau flow d’Harlem, sur une scène qui peine à se renouveler depuis des années, exception faite d’A$ap Rocky.

East semble en bonne voie selon le magazine XXL, qui  cette année l’a intégré à la liste de ses “Freshmen”, constituée des (probables) futures stars du rap US. Parmi elles, nous retrouvons en couverture le nouveau poulain de Dr. Dre : Anderson .Paak, la pâle copie de Future : Desiigner ou encore le jeune excentrique Kodak Black.

Je me souviens qu’il y a quelques années, les médias nous ont présenté Vado comme la relève d’Harlem adoubée par Cam’Ron. Le MC avait un flow rude à travers lequel on ressentait l’insécurité de la rue, pourtant sa carrière n’a jamais décollé faute d’un album de qualité.

On retrouve une nouvelle fois le leader des Dipset sur le premier album officiel de Dave East: Kairi Chanel, composé de morceaux aux sonorités percutantes dont la prod est assurée entre autre par l’excellent Cardo.

Il ne vous reste plus qu’à écouter ce projet pour savoir si notre rookie a croqué à pleines dents la Big Pomme ou s’il s’y est cassé les dents.

Romain C. Draper
Fondateur & Rédacteur en Chef. En primaire, j'ai troqué mon goûter contre l'album "Première Consultation" de Doc Gynéco. Depuis je suis accroc au Rap.